Transport en Commun à Kinshasa : Le pari économique d’un partenariat public-privé de 1.000 bus

La Société de Transports au Congo (Transco) a annoncé un ambitieux projet de partenariat public-privé (PPP) portant sur l’acquisition de mille (1.000) bus destinés au transport en commun à Kinshasa, capitale de la République démocratique du Congo. L’initiative, révélée dans un communiqué consulté par l’Agence congolaise de presse (ACP), s’inscrit dans un contexte de crise structurelle de la mobilité urbaine, devenue un véritable frein à la croissance économique et à la cohésion sociale. Maid au-delà de l’annonce institutionnelle, ce projet ouvre un débat de fond sur le financement des services publics, la gouvernance des entreprises de l’État, la mobilisation du capital privé et la capacité de Kinshasa à se doter d’un système de transport à la hauteur de son statut de mégapole africaine.

Kinshasa, une mégapole paralysée par la mobilité

Avec une population estimée entre 15 et 17 millions d’habitants et une croissance urbaine annuelle de 4 à 5 %, la ville de Kinshasa figure parmi les villes les plus dynamiques, mais aussi les plus congestionnées du continent africain. Chaque jour, des millions d’habitants passent entre une heure et demie et plus de deux heures dans les embouteillages pour se rendre sur leur lieu de travail.

La ville dépend majoritairement d’un transport informel qui assure plus de 70 % des déplacements quotidiens selon certaines estimations, au détriment de la sécurité, de la régularité et de la stabilité tarifaire. Cette situation a un coût macroéconomique considérable.

Des études comparatives menées dans plusieurs capitales africaines estiment que la congestion urbaine peut représenter jusqu’à 3 à 5 % du PIB urbain. À Kinshasa, ce manque à gagner se traduit par une baisse de rendement des entreprises, une fatigue accrue des travailleurs et un renchérissement du coût de la vie.

Transco, pilier fragile du service public

Créée en 2013 pour offrir une alternative publique et socialement accessible au transport privé, Transco reste un instrument clé de la politique sociale de l’État. Toutefois, l’établissement public fait face à des difficultés structurelles persistantes : parc automobile insuffisant, disponibilité aléatoire des bus, faiblesse des recettes et problèmes de maintenance.

La direction actuelle affirme avoir engagé, en l’espace d’une année, plusieurs projets de réforme, dont deux axes majeurs, l’un portant sur un partenariat public-privé pour l’acquisition de 1.000 bus de marque Foton et l’autre portant sur la digitalisation du système de gestion. Ces deux chantiers sont présentés comme indissociables.

Le choix du partenariat public-privé

Les analystes sont formels, dans un contexte de contraintes budgétaires et de priorités multiples pour l’État congolais, le recours au partenariat public-privé apparaît comme une solution pragmatique. Financer directement l’acquisition de 1.000 bus représenterait un investissement lourd pour le Trésor public.

Dans plusieurs pays africains, les PPP (Partenariat-Public-Privé) dans le transport urbain ont permis d’améliorer l’offre, mais leur succès dépend largement de la capacité de l’État à jouer pleinement son rôle de régulateur.

Un investissement structurant pour l’économie urbaine

Sur le plan économique, l’arrivée de 1.000 nouveaux bus pourrait transformer en profondeur la mobilité à Kinshasa. L’amélioration de la régularité des transports réduirait les temps de trajet, augmenterait la ponctualité et soutiendrait la productivité globale de la ville. Le projet pourrait également générer plusieurs milliers d’emplois directs et indirects, contribuant à la formalisation d’un secteur largement dominé par l’informel.

Le choix des bus Foton et la question industrielle

Le recours à des bus de marque Foton, constructeur chinois bien implanté sur les marchés africains, répond à des critères de coût et de disponibilité, croient savoir des spécialistes du secteur. Toutefois, des interrogations subsistent sur la durabilité et l’ancrage local du projet. Mais l’importation des bus qui est une solution rapide comporte un enjeu stratégique liée à la maintenance locale en termes de disponibilité des pièces de rechange, la formation technique. Pour certains analystes, à terme, la RDC doit penser une chaîne de valeur locale du transport urbain.

Digitalisation : la clé de la soutenabilité

La digitalisation du système de gestion de Transco est présentée comme un levier central de viabilité économique par des spécialistes du domaine. Elle permettrait un meilleur contrôle des recettes, une planification optimisée des lignes et une transparence accrue vis-à-vis des partenaires privés et des autorités publiques. Sans cette réforme, plusieurs analystes estiment que le projet risquerait de reproduire les dysfonctionnements passés.

Au-delà du transport, ce projet constitue un test majeur de la capacité de l’État congolais à piloter des partenariats complexes dans des secteurs sensibles. La réussite du projet pourrait servir de modèle pour d’autres villes congolaises mais son échec pourrait renforcera la défiance envers les réformes publiques

Entre ambition et prudence

L’annonce du partenariat public-privé pour l’acquisition de 1.000 bus suscite un espoir réel dans une ville asphyxiée par les problèmes de mobilité. Elle traduit une volonté de rupture avec l’immobilisme, mais pose aussi la question de la capacité d’exécution. Pour Kinshasa, l’enjeu dépasse largement la question du transport : il s’agit de faire de la mobilité un moteur de développement économique, social et institutionnel.

José-Junior Owawa

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