Rocade de Kinshasa I Promesse d’avenir, épreuve de terrain

Il est un peu plus de 9h15 quand nous pénétrons dans le quartier Ndjili Brasserie. Loin de l’agitation qu’on associe souvent au district de la Tshangu, l’ambiance est étonnamment calme. Une certaine quiétude flotte dans l’air, presque déconcertante, comme si nous venions d’entrer dans une autre ville, peut-être même dans un autre temps.

La poussière, soulevée par le passage rapide des véhicules, voile légèrement le paysage. Mais à travers cette brume ocre, quelque chose capte immédiatement notre regard : la Rocade Kinshasa-Est.

Immense, ambitieuse, presque irréelle. Certains en ont vaguement entendu parler, d’autres l’ont vue à la télévision. Mais la voir de près, la sentir sous les roues, c’est une toute autre expérience.

Cette route de 63 kilomètres, conçue pour relier les quartiers Sud et Est à l’aéroport de N’djili sans passer par le centre-ville, prend doucement forme. Au fil de notre progression, on aperçoit les ouvriers, les machines, les monticules de terre déplacée. Le chantier vit, avance, mètre par mètre.

Mais à mesure que nous gagnons la commune de Kimbanseke, le décor change. La route se fait plus chaotique, les reliefs plus irréguliers. Ici, la rocade n’est encore qu’un rêve tracé sur une carte. Les engins lourds tentent d’aplanir les collines, de dresser un futur axe dans un terrain encore brut, poussiéreux, exigeant.

Puis vient l’obstacle. Le passage est bloqué. Le chemin, balisé, nous contraint à faire un détour. Nous décidons d’emprunter l’avenue Nzoku, pensant contourner l’interdit pour rejoindre le boulevard Lumumba.

Mais ce détour devient un piège.

L’avenue Nzoku, envahie par une épaisse couche de sable, nous donne la sensation de rouler en plein désert. Les véhicules peinent à avancer. Rapidement, l’un d’entre eux s’enlise. Et plus loin, l’impensable manque de se produire : une voiture glisse dangereusement vers un ravin.

Le silence est lourd. L’instant suspendu. Puis, par miracle, le véhicule est stoppé net par un monticule de sable. Plus de peur que de mal.

Des habitants du quartier, sans hésitation, viennent nous prêter main-forte. Et quelques instants plus tard, des ouvriers du chantier se joignent à eux. Ensemble, ils nous aident à dégager le véhicule. Grâce à eux, nous repartons. Ébranlés, mais reconnaissants.

Ce jour-là, nous avons vu de nos propres yeux ce que la rocade représente : un projet grandiose, porteur d’espoir, mais encore loin d’être achevé. Sur le terrain, les réalités sont complexes. La poussière, les déviations, les dangers, mais aussi la solidarité, le courage, et la patience de ceux qui vivent au bord de cette transformation.

La rocade changera Kinshasa. Elle le fait déjà. Mais pour que ce changement soit durable et sûr, il faudra plus qu’une route. Il faudra de l’entretien, des voies d’accès stables, et surtout, ne pas oublier ceux qui vivent autour, qui la construisent, qui l’attendent pas seulement comme une infrastructure, mais comme un espoir de vie meilleure.

Damany Mujinga

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