Retombées de la neuvième TICAD 

‎Un accord de protection des investissements nippons en gestation avant le débarquement des premières firmes japonaises en RDC (Julien Paluku)

‎‎Le ministre du Commerce extérieur de la République démocratique du Congo (RDC), M. Julien Paluku Kahongya, a abbatu un travail de titan pendant la deuxième quinzaine du mois d’août 2025. De Montevideo à Brasilia, en passant par Buenos Aires, en Amérique latine regroupée au sein de MERCOSUR (Marché commun Sud Américain) – où des vannes ont été ouvertes, des accords de coopération signés et d’autres le seront dans les prochains jours en marge de la COP30 – pour ensuite, sauter sur Yokohama, au Japon, en Asie, dans le cadre de la 9ᵉ Conférence Internationale de Tokyo sur le Développement de l’Afrique (TICAD9), l’ancien ministre de l’Industrie et développement des PME a été sur tous les fronts. En effet, la neuvième édition de la TICAD a tiré ses rideaux le vendredi 22 août 2025 après trois jours des travaux intenses sanctionnés par la  » Déclaration de Yokohama  » qui contient 22 pages comme la date de sa signature. Co-créer des solutions innovantes en Afrique. Tel a été le thème de cette neuvième édition. En marge de cette conférence internationale, le ministre du Commerce extérieur de la RDC, Julien Paluku Kahongya, a accordé une interview à la presse au cours de laquelle, ce membre du Gouvernement Suminwa II a annoncé la signature prochaine d’un accord de sécurisation et de protection des investissements nippons avant de voir l’arrivée des premières firmes japonaises au pays. Ci-dessous, l’intégralité de ladite interview. 

Geopolis Hebdo (GH) : Excellence Monsieur le ministre du Commerce extérieur, nous sommes ici à Yokohama à la TICAD 9 dont le dénominateur commun est le Commerce extérieur. Le Congo veut commercer. Le Congo est arrivé ici à la TICAD avec quel discours ? Quel profil ? 

‎‎Julien Paluku Kahongya (JPK) : Merci bien. Je suis d’abord heureux d’avoir été sélectionné par Son Excellence Madame la Première ministre,  Judith Suminwa Tuluka, qui, en fait, a fait du Commerce extérieur un levier important de sa politique gouvernementale. Je suis ici à Yokohama effectivement parce que lorsqu’on a examiné la fiche technique de la RDC, on s’est rendu vite compte que la balance commerciale entre la RDC et le Japon est autour de 29 milliards de dollars américains. Mais le poids de cette balance est beaucoup plus penchée vers le secteur minier. C’est-à-dire que comme le Japon est pratiquement dans les nouvelles technologies notamment, la fabrication des batteries électriques, la balance commerciale penche du côté du secteur minier. C’est ainsi que lorsque l’on analyse, l’on peut croire qu’elle est excédentaire parce que nous exportons plus que ce que importons du Japon. Mais le souci que nous avons au ministère du Commerce extérieur et que nous avons partagé avec la Première ministre est que, des toutes les audiences que nous avons eu, on était en train de porter la voix de la RDC afin d’inverser la tendance de la balance. Quitter le secteur minier vers le secteur agricole parce que la fiche technique du Japon montre que cet archipel importe du blé, du maïs, du soja… du Brésil et de partout ailleurs alors que nous avons nos 80 millions des terres arables que le Japon ne possède pas. Nous pouvons les mettre à contribution de sorte que lorsqu’il faudra nourrir le secteur animal du Japon, que ce dernier se serve de la RDC. On en a parlé tout au long de nos discussions. On ne s’était pas limité seulement au secteur des exportations des produits agricoles, on a examiné également la possibilité pour les investissements japonais d’être sécurisés en RDC. C’est la demande du Japon. Nous devons mettre en place un (protocole) accord pour promouvoir et protèger les investissements japonais en RDC parce qu’il y a des start-ups japonais qui se sont déjà installés au pays mais nous ne devons pas nous limiter à ceux-ci. Mais nous voudrions que les grandes firmes japonaises puissent s’installer en RDC. C’est cela que nous avons discuté avec quelques structures japonaises dont la JICA (Agence gouvernementale de coopération internationale), Jetro et Jogmec, autres structures de coopération japonaise dans le monde. TICAD 9 est une plate-forme qui a encore une fois aidé la RDC à percer le monde international et à nouer des relations solides avec le Japon qui en fait est un pays composé des gens beaucoup plus pragmatiques que des théoriciens que nous voyons dans les réunions un peu partout dans le monde. 

‎‎GH : Dans le cadre de cette diversification pour qu’il y ait un changement notable dans la balance commerciale, avez-vous concrètement obtenu des engagements des firmes japonaises pour aller investir  dans l’agro industrie ? 

‎‎JPK : Les engagements passent par la signature préalable de l’accord sur la protection et la promotion des investissements japonais en RDC. Et le souci premier de tout investisseur, c’est l’amélioration du climat des affaires, c’est la fin de la guerre… On a aussi expliqué ce chapitre de la guerre par l’expérience que nous avons accumulé à l’Est du pays pour nuancer effectivement la compréhension et la perception du monde japonais par rapport à la guerre à l’Est surtout qu’au niveau international, cette question est en train d’être résolue par un accord de paix qui a été signé à Washington avec la prise en charge à Doha. Donc, cela ne peut pas empêcher que nous puissions aller sur des questions, des thématiques beaucoup plus pratiques. Nous allons passer par la signature de l’accord qui sécurise les investissements japonais en RDC, avant de pouvoir voir les premières firmes japonaises sur le sol congolais. 

‎‎GH : Quelles sont les reproches que les investisseurs japonais ont formulé à l’endroit de la RDC parce que vous avez répété plus de trois fois le groupe de mots  » climat des affaires  » ? .

‎‎JPK : Les reproches qui sont connues de tout le monde, ce sont les tracasseries administratives. C’est ça qui nous a poussé à apporter une information au Japon pour dire que la RDC vient de ratifier l’accord sur la facilitation des échanges, un accord historique de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), que moi-même j’ai porté à Genève, en Suisse, pour signifier que nous avons intégré finalement le standard international des affaires et du commerce pour que finalement, ceux qui arrivent en RDC se sentent sécurisés par cet accord que nous avons ratifié, avec la bénédiction du Parlement (Assemblée nationale et Sénat).

Cerise sur la gâteau, la promulgation de la ratification par une ordonnance signée par le Président de la République (Félix Tshisekedi). Les craintes qu’avaient autre fois les investisseurs en général et japonais en particulier peuvent être évacuées surtout que nous avons déjà signé l’accord sur la facilitation des échanges, qui est un accord historique de l’OMC. 

‎‎GH : Les points d’accès au Congo, ce sont des mesures que vous avez mises en place dont le Guichet unique. L’avez-vous renforcé ? Pouvons-nous nous inspirer de ce qui se passe ici au Japon ? 

‎‎JPK : L’autre avantage que nous avons obtenu au Japon, c’est l’accompagnement de la RDC dans la digitalisation. Savez-vous que nous avons un Guichet unique intégral du commerce extérieur qui peine à fonctionner parce qu’il y a encore des réfractaires à l’innovation. Savez-vous que l’innovation rencontre toujours beaucoup d’obstacles mais nous avons conviés les opérateurs économiques désormais à n’utiliser que ce Guichet unique intégral du commerce extérieur et nous avons saisi la Direction générale des douanes et accises (DGDA) pour qu’aucune déclaration ne soit acceptée sans passer par le Guichet unique intégral du commerce extérieur. Cette décision va nous permettre de cerner le volume du commerce international et effectivement, de maximiser les moyens dont doit disposer la RDC pour affronter les problèmes auxquels elle fait face. 

‎‎GH : Quel est le défi que vous vous lancez vous-mêmes dès votre retour à Kinshasa après votre périple en Amérique latine (Brésil) et et en Asie (Japon) ? Sur quoi vous travaillerez en urgence ? 

‎‎JPK : Oui, je crois que le défi le plus important, c’est l’homme parce que les outils, nous les avons eu. Nous avons partagé effectivement les innovations qui sont faites ailleurs mais le plus grand défi auquel nous allons faire face, c’est l’homme lui-même. Est-ce que l’homme congolais est-il capable de s’adapter aux innovations pour qu’enfin, le pays de Félix Tshisekedi soit rangé sur l’orbite de l’émergence comme le sont d’autres pays à travers le monde ? Le plus grand défi sera celui-là mais je pense qu’avec les mesures que le Gouvernement est en train de prendre, l’homme qui ne changera pas fera l’objet des sanctions sévères. 

‎‎GH : Avez-vous les moyens pour ça ? 

‎‎JPK : Je ne suis pas attitré pour dire que j’ai les moyens. Nous avons un Chef du Gouvernement, nous avons un Président de la République, qui tiennent à ce que ce mandat ici qui est le second puisse permettre à la population de sentir effectivement ce que le Gouvernement est en train de faire pour son (le) peuple. Je pense que nous y arriverons bientôt. 

‎Propos recueillis par WAK. Texte transcrit par Dieudonné Buanali. 

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