Règlement des différends investisseurs–États : La RDC accélère la diplomatie pour accueillir le Bureau régional africain

La République démocratique du Congo affine sa stratégie et monte en puissance. Ce jeudi, à l’immeuble du Gouvernement, une réunion de haut niveau a marqué une nouvelle étape dans la candidature congolaise à l’accueil du Bureau régional africain du Centre consultatif pour le règlement des différends entre les investisseurs et les États (BCCR-RDIE).

La rencontre, à forte portée politique et stratégique, a été présidée par le Vice-premier Ministre, Ministre du Budget, Adolphe Muzito, représentant la Première Ministre Judith Suminwa Tuluka. Autour de la table : plusieurs membres du Gouvernement, dont le Ministre d’État à la Justice, la Vice-ministre des Finances, ainsi que les experts techniques directement impliqués dans le dossier.

Cette réunion répondait à une requête du Garde des Sceaux, soucieux d’informer la Cheffe du Gouvernement de l’évolution du processus et de renforcer l’implication politique au plus haut niveau de l’État, à un moment décisif de la compétition continentale.

Une candidature portée par une task-force dédiée

Au cœur des échanges, la Task-force BCCR-RDIE, instituée par le Gouvernement, a présenté un état des lieux détaillé des avancées réalisées, tout en exposant les prochaines actions à engager pour consolider la position de la RDC face aux autres pays africains candidats.

Pour Aimé Kasenga, Coordonnateur national adjoint du Comité technique de réformes (CTR) et Secrétaire exécutif de la Task-force, l’enjeu dépasse largement le simple prestige institutionnel.

« Le Centre consultatif est un instrument stratégique. Il accompagne les États dans la représentation juridique, l’assistance technique et le renforcement des capacités. Il permet surtout aux pays en développement d’accéder à des cabinets juridiques de renommée internationale à des coûts maîtrisés. Pour la RDC, c’est un véritable outil de protection et de consolidation de la souveraineté juridique », a-t-il souligné.

Une réforme onusienne majeure en toile de fond

La candidature congolaise s’inscrit dans un contexte international en pleine mutation. Sous l’impulsion des Nations Unies, le système de règlement des différends entre investisseurs et États connaît une réforme profonde.

« On s’éloigne progressivement de l’arbitrage privé classique, tel que pratiqué au CIRDI, pour aller vers un mécanisme permanent, doté notamment d’une chambre d’appel. Les États réclament aujourd’hui plus d’équilibre, de transparence et de justice. La RDC ambitionne d’être au cœur de cette nouvelle architecture juridique internationale », a expliqué Aimé Kasenga.

Une compétition africaine sous le sceau du consensus

La RDC n’est toutefois pas seule en lice. Le Ghana, l’Égypte, le Maroc et la Côte d’Ivoire ont également manifesté leur intérêt pour accueillir le Bureau régional. Mais au sein de l’Union africaine, un principe prévaut : celui du consensus.

« L’option privilégiée est celle d’une candidature africaine unique. C’est dans ce cadre que le Président de la République a personnellement saisi ses homologues pour solliciter leur appui en faveur de la RDC. Nous sommes engagés dans une phase active de concertations, de négociations et de lobbying diplomatique de haut niveau », a précisé le Secrétaire exécutif de la Task-force.

Kinshasa, un signal fort pour l’Afrique centrale

Selon les autorités congolaises, l’implantation du BCCR-RDIE à Kinshasa renforcerait la visibilité internationale du pays et enverrait un signal fort aux investisseurs.

« La RDC est un pays-continent, doté d’un potentiel économique et minier considérable. Accueillir ce centre, c’est démontrer notre volonté de gérer les différends de manière professionnelle, crédible et conforme aux standards internationaux », a insisté Aimé Kasenga.

Cap sur l’offensive diplomatique

Au terme de la réunion, plusieurs actions prioritaires ont été arrêtées : intensification des démarches diplomatiques, déploiement de missions de haut niveau auprès des pays candidats et poursuite des négociations en marge des prochains sommets de l’Union africaine.

À travers cette offensive coordonnée, l’Exécutif congolais réaffirme son ambition de faire de la RDC un acteur central du droit commercial international en Afrique, tout en renforçant la sécurité juridique et l’attractivité du pays pour les investissements, en parfaite cohérence avec le premier pilier du Programme d’actions du Gouvernement Suminwa.

Daniella Kalala

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *