Mbuji-Mayi; Immersion auprès des bâtisseurs du Kasaï : (Serie 1) La renaissance de l’Université de Mbujimayi.

Arrivée ce mardi à Mbuji-Mayi, notre équipe a entamé sa série de reportages sur les “Champions du Kasaï” par une rencontre avec l’abbé Apollinaire cibaka cikongo , recteur de l’Université Officielle de Mbuji-Mayi. Récemment inaugurée par le Président de la République, cette institution universitaire connaît une véritable renaissance.

Le chantier, lancé en 2022 dans le cadre du programme présidentiel de modernisation des infrastructures de l’enseignement supérieur, redonne fière allure à une université longtemps marginalisée. Aujourd’hui, l’Université arbore un tout nouveau visage : auditoires modernes, amphithéâtres spacieux, homes étudiants séparés pour filles et garçons, rectorat flambant neuf… des installations conçues selon les standards internationaux.

Fondée en 1990 par des pionniers visionnaires tels que le Cardinal Malula et Mgr Joseph Nkongolo, l’Université Officielle de Mbuji-Mayi connaît aujourd’hui un second souffle. Elle propose désormais 14 filières, dont médecine, droit, sociologie, polytechnique ou encore géologie.

Dans une interview exclusive, le recteur Cibaka a exposé les ambitions portées par cette relance : faire de l’université un pôle de formation d’excellence, moteur de la recherche et de l’innovation dans le Grand Kasaï. L’ouverture officielle est en préparation , et la semaine suivante sera dédiée à la formation du personnel académique et administratif.

« L’université doit être bien encadrée dès le départ », souligne le recteur, insistant sur la rigueur dans la gestion des infrastructures. Il indique que 70 % des enseignants viennent d’autres villes comme Kinshasa, Lubumbashi, Kisangani, mais aussi de l’étranger, notamment de la Côte d’Ivoire, tout en mettant en valeur les compétences locales.

Interrogé sur le fait que, malgré cette renaissance, de nombreux jeunes Kasaïens quittent encore leur province, le recteur réagit vivement : « Je ne partage pas totalement cette analyse. C’est un mythe de croire qu’il n’y a plus personne ici. Moi, je vis ici, dans mon village, et le Kasaï est toujours plein. Ceux qui disent que la province se vide se trompent. Nous, nous sommes là. Promenez-vous à Mbujimayi, vous verrez : ici, il y a la ville ! »

Pour lui, ce mouvement n’a rien d’un exode : « Les gens partent, mais ils partent parce qu’ils sont chez eux au Congo. Nous aimons le Congo. Partout où nous allons, nous investissons, nous construisons. C’est ça, être nationaliste. À Kinshasa, à Lubumbashi, à Kisangani, nous sommes chez nous. »

Il reconnaît cependant que le quotidien au Kasaï reste exigeant : « Vivre ici, c’est être fort. Vivre ailleurs, à Kinshasa ou à Lubumbashi, c’est plus facile. Ici, il faut se battre. La vie est plus chère qu’ailleurs, mais nous restons, parce que nous aimons chez nous. Nous produisons, nous bâtissons. Nous avons seulement besoin que l’État nous accompagne. »

Et d’ajouter, avec une note d’espoir : « Depuis que l’État se réveille, nous vivons mieux. Il y a des routes, il y a des projets. Nous sommes capables de produire ici, de donner à manger ici. Mais il faut que l’État nous accompagne vraiment. »

Interrogé sur les valeurs qu’il souhaite transmettre, le recteur est clair : « Ceux qui volent ne réussissent pas. Ceux qui travaillent, eux, réussissent. S’il y a une valeur à transmettre aujourd’hui, c’est l’amour du travail, et le travail lui-même. »

Au-delà de l’aspect académique, cette transformation s’inscrit dans une vision plus large portée par le Président Félix Tshisekedi, qui veut faire du savoir et de la jeunesse les piliers de l’avenir. En relançant cette université, le chef de l’État réaffirme une promesse forte qu'”aucune province, aucun étudiant, ne sera oublié dans la marche vers l’émergence.”

En fin de journée, notre équipe s’est également rendue à la résidence du ministre José Mpanda, souvent citée parmi les plus emblématiques du Kasaï. Un lieu qui, au-delà de son esthétisme, symbolise les nouvelles ambitions urbanistiques et architecturales de la province.

Cette première journée à Mbuji-Mayi marque le début d’une immersion au cœur d’un Kasaï en transformation. Une série de rencontres pour donner la parole à celles et ceux qui, loin des projecteurs, construisent l’avenir de leur région.

Daniella kalala

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