Gestion de la Monusco : La bataille feutrée entre Washington et Pékin

Prolongée d’un an fin décembre par le Conseil de sécurité des Nations unies, la Mission de l’ONU pour la stabilisation en République démocratique du Congo (Monusco) demeure sans chef depuis le départ anticipé de Bintou Keïta, fin novembre 2025. Alors que deux profils américains ont longtemps été présentés comme favoris pour lui succéder, leur nomination se heurte, à ce stade, aux réserves de la Chine, révélant une rivalité diplomatique plus large qui dépasse le seul dossier congolais.

Un départ anticipé, une succession sous tension

Arrivée à Kinshasa en février 2021, Bintou Keïta devait initialement rester en fonctions jusqu’en février 2026. Son départ avant terme, dans un contexte de reconfiguration progressive de la Monusco et de pression croissante des autorités congolaises pour un désengagement maîtrisé, a ouvert une bataille feutrée mais stratégique autour de sa succession. En attendant, l’intérim est géré depuis New York, ce qui limite la capacité d’impulsion politique de la mission sur le terrain.

Washington en quête d’influence

Pour les États-Unis, placer l’un de leurs diplomates à la tête de la Monusco répond à plusieurs objectifs. Il s’agit d’abord de peser davantage sur l’orientation stratégique d’une mission appelée à accompagner la transition sécuritaire en RDC, notamment dans l’Est du pays. Washington met en avant l’expertise de ses candidats en matière de gestion de crises, de réforme du secteur de la sécurité et de coordination humanitaire, dans une phase jugée critique pour la crédibilité de l’ONU.

Cette volonté s’inscrit aussi dans une lecture géopolitique : la RDC est devenue un espace central de rivalités d’influence, tant pour des raisons sécuritaires que pour l’accès aux ressources stratégiques. Un leadership américain à la Monusco serait, pour Washington, un levier supplémentaire dans un environnement régional instable.

Les réticences chinoises face à cette offensive

Membre permanent du Conseil de sécurité, la Chine défend une approche qu’elle qualifie d’équilibrée et non politisée des missions onusiennes. 

Selon des diplomates, Pékin craint qu’un chef de mission issu des États-Unis n’oriente la Monusco vers des priorités perçues comme trop alignées sur l’agenda occidental, au détriment du principe de neutralité et du respect strict de la souveraineté des États hôtes.

La Chine, fortement engagée en RDC sur les plans économique et minier, souhaite également préserver un cadre onusien qui n’entrave pas ses partenariats bilatéraux. Son opposition ne vise pas nécessairement une personnalité précise, mais plutôt le signal politique qu’enverrait une nouvelle prise de contrôle américaine d’un poste stratégique au sein des opérations de paix.

Un contexte congolais sensible

Ce bras de fer intervient alors que la Monusco traverse une phase délicate. Contestée par une partie de l’opinion publique congolaise, soumise à un calendrier de retrait progressif et confrontée à une dégradation persistante de la situation sécuritaire à l’Est, la mission a besoin d’un leadership capable de dialoguer étroitement avec Kinshasa. Les autorités congolaises, de leur côté, observent avec prudence cette bataille diplomatique, soucieuses de ne pas voir la mission devenir l’otage de rivalités entre grandes puissances.

Vers un compromis ?

À l’ONU, plusieurs options sont désormais évoquées : un candidat consensuel issu d’un pays tiers, un profil africain ou encore une prolongation de l’intérim en attendant un accord politique entre membres permanents. 

En l’absence de consensus, la succession de Bintou Keïta illustre une réalité plus large : la difficulté croissante à dissocier les opérations de maintien de la paix des recompositions géopolitiques mondiales.

Pour la RDC, l’enjeu est clair : disposer d’une Monusco dirigée de manière stable et crédible, capable d’accompagner la transition sécuritaire sans être affaiblie par les rivalités internationales. Reste à savoir si Washington et Pékin accepteront de faire un pas vers le compromis, ou si ce bras de fer prolongera encore l’incertitude à la tête de la mission onusienne.

José – Junior Owawa

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