Conformément à la constitution de la République Démocratique du Congo, le Président de la République adresse son discours sur l’état de la Nation devant les deux chambres parlementaires réunies en Congrès au moins une fois l’an. Cette exigence constitutionnelle a lieu ce 8 décembre. Pour des observateurs, cette année, Félix-Antoine Tshisekedi s’apprête à prononcer l’un des discours les plus scrutés de son second mandat. Entre avancées diplomatiques, défis sécuritaires persistants, enjeux climatiques et pressions sociales croissantes, cette intervention arrive à un moment charnière pour la République démocratique du Congo.
Un discours sous l’ombre du “Washington Deal”
La prise de parole du chef de l’État interviendra moins d’une semaine après la signature d’un accord de paix historique avec le Rwanda à Washington, sous médiation du président américain Donald Trump. Présenté par Kinshasa comme un tournant décisif, ce texte engage Kigali à cesser tout soutien aux groupes armés actifs dans l’Est, tandis que la RDC s’engage à renforcer le DDR, la gouvernance sécuritaire et le contrôle des frontières.
Ce “Washington Deal” devrait constituer l’un des points centraux du discours. Tshisekedi devra convaincre une opinion publique sceptique et rassurer les gouverneurs rappelés d’urgence. Des éclaircissements sont attendus sur les mécanismes de mise en œuvre, la chronologie et les garanties obtenues.
Est du pays : entre promesse de paix et réalités du terrain
Même si l’accord de Washington a ravivé un certain espoir, la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu, l’Ituri et le Sud-Kivu demeure explosive. Les affrontements sporadiques entre FARDC, M23 et groupes d’autodéfense persistent, rendant urgente une stratégie de stabilisation durable. En outre, le président pourrait annoncer un plan renforcé d’intégration des forces locales, de professionnalisation militaire, ou de redéploiement stratégique. La population, elle, attend des actions concrètes pour améliorer la sécurité du quotidien.
Dialogue national : une piste pour stabiliser la scène interne ?
Depuis plusieurs semaines, l’idée d’un dialogue national refait surface. Félix Tshisekedi pourrait l’évoquer comme un instrument politique pour apaiser les tensions avec l’opposition, harmoniser les positions institutionnelles et canaliser les frustrations sociales. Reste à voir s’il en annoncera officiellement la tenue ou s’il se limitera à un cadre consultatif préparatoire.
Recettes publiques et budget 2026 : entre ambitions et contraintes
Le gouvernement fait face à une pression budgétaire croissante. Le discours devrait inclure des projections et des engagements sur : l’amélioration de la mobilisation des recettes internes, la lutte contre la fraude et l’évasion fiscale, la rationalisation des dépenses publiques. Le budget 2026, annoncé comme ambitieux, devrait aligner ses priorités sur le PDL-145T, les secteurs sociaux et les investissements structurants.
Infrastructures scolaires, sanitaires et travaux publics : les chantiers du quotidien
Sur le terrain social, le président devrait dresser un bilan d’étape concernant : les écoles construites et réhabilitées, les centres de santé modernisés, les routes en cours d’exécution, les ouvrages d’accès à l’eau potable et à l’électricité. Ces infrastructures constituent la colonne vertébrale du Programme de Développement Local des 145 Territoires (PDL-145T).
PDL-145T : progrès et zones d’ombre
Si certains projets avancent correctement, d’autres accusent des retards importants. Tshisekedi pourrait annoncer : un audit technique, une nouvelle phase de financement, un plan d’accélération pour 2026. Les gouverneurs, rappelés à Kinshasa, seront directement concernés.
Le social : un terrain politiquement risqué
Face la hausse du coût de la vie et aux problèmes d’accès aux services de base, le président est attendu sur des mesures concrètes : distribution de l’électricité, stabilisation des prix des denrées de base, soutien aux ménages les plus vulnérables, réformes dans les transports urbains. Ces annonces joueront un rôle central dans la réception du discours.
Environnement, développement durable et économie du climat : un volet devenu incontournable
À la suite de la COP30 et dans un contexte mondial de transition écologique, Félix Tshisekedi est attendu sur un chapitre désormais incontournable : l’environnement et la nouvelle économie climatique.
Pour le chef de l’État, il pourrait être question d’évoquer la préservation du bassin du Congo et la lutte contre la déforestation. La République Démocratique du Congo, deuxième poumon écologique du monde, subit une pression croissante : abattage illégal, exploitation artisanale non contrôlée, pression démographique, déforestation dans le Kasaï, Sankuru et Maï-Ndombe par exemple.
Le président pourrait annoncer le renforcement : des brigades anti-braconnage, du contrôle forestier, des mécanismes d’autorisation d’exploitation, des partenariats locaux pour la foresterie communautaire hormis les projets dits “couloir vert Kivu-Kinshasa” et la forêt c’est nous”.

Autre point essentiel dans ce volet environnemental, la nouvelle économie du climat. La RDC veut monnayer son potentiel avec l’idée que le pays doit transformer son capital naturel en richesse durable. Pour ce faire, le Président Tshisekedi pourrait évoquer la mise en œuvre d’une stratégie nationale du marché du carbone, l’opérationnalisation des crédits carbone volontaires, les partenariats internationaux avec des fonds verts, une réforme du cadre légal pour sécuriser les investisseurs tout en protégeant les communautés locales.
Au sujet de la transition énergétique, l’hydroélectricité devrait être au centre de son dispositif communicationnel. Dans ce domaine, la RDC ambitionne de devenir un leader régional en énergie verte. Le discours pourrait rappeler : l’avancement du projet Inga 3, la modernisation des barrages existants, le déploiement de mini-réseaux solaires ruraux, l’objectif de réduction progressive de la dépendance au diesel.
Face aux défis liés à l’adaptation climatique notamment au niveau des villes, fleuves ou encore l’agriculture provoquant des inondations, des glissements de terrain et sécheresses localisées, le président devrait annoncer, un programme de gestion des risques climatiques, des investissements dans la protection des berges et des rivières, un appui à l’agriculture résiliente, la cartographie nationale des zones à risque.
L’environnement étant au cœur de l’actualité, une gouvernance adaptée aux défis incluant des réformes notamment la création d’une agence nationale de surveillance écologique, la digitalisation des permis environnementaux, la lutte contre la corruption dans le secteur.
Le 8 décembre, Félix Tshisekedi devra non seulement informer, mais surtout convaincre. Son intervention sera jugée à l’aune du “Washington Deal”, de sa capacité à répondre aux urgences sécuritaires, sociales et environnementales, et de sa vision pour l’avenir démocratique du pays.
La Nation attend un discours structurant, capable de tracer une feuille de route claire dans une période où les défis s’accumulent mais où les opportunités — notamment écologiques n’ont jamais été aussi fortes.
José – Junior Owawa
