Alors que les affrontements se multiplient dans l’Est de la République démocratique du Congo, la communauté internationale s’inquiète d’une détérioration rapide de la situation sécuritaire. Le chef de la Délégation de l’Union européenne en RDC, Nicolas Berlanga Martinez, estime que « le Rwanda a de moins en moins d’excuses pour justifier ses actions sur terrain » et appelle les garants des récents accords de paix, notamment les États-Unis, à « s’imposer pour les faire respecter ».


Cette déclaration intervient dans un moment où les espoirs suscités par la rencontre Tshisekedi–Kagame à Washington semblent fragilisés par une reprise des combats et une crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.
Un accord de Washington déjà sous pression
Signé sous la médiation américaine, l’accord entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame était présenté comme une feuille de route ambitieuse pour un désengagement progressif des forces présentes dans l’Est, la fin du soutien au M23, et la relance d’un mécanisme politique de désescalade régionale.
Mais à peine quelques semaines plus tard, les réalités du terrain contrastent avec les engagements pris : les combats se poursuivent autour de plusieurs localités du Nord et du Sud-Kivu ; les positions des FARDC et des groupes armés locaux restent sous pression ; les accusations de présence ou d’appui étranger continuent d’alimenter la méfiance entre Kinshasa et Kigali.
Selon plusieurs observateurs, les lignes de fracture demeurent intactes, tant les revendications sécuritaires, économiques et géopolitiques autour des frontières et des ressources restent sensibles.
Washington, acteur clé mais prudent
Le rôle des États-Unis, redevenus médiateurs majeurs dans la crise, est central. La Maison-Blanche souhaite éviter une conflagration régionale au moment où elle réoriente sa politique africaine et tente de contenir les influences concurrentes dans la région des Grands Lacs.
Cependant, malgré leur poids diplomatique, les États-Unis avancent avec prudence : ils veulent éviter une confrontation directe entre leurs alliés régionaux, mais doivent également répondre aux critiques croissantes sur la situation humanitaire et les violations signalées dans l’Est de la RDC.
La pression internationale, bien que réelle, manque encore de mécanismes concrets pour s’assurer que les engagements de Washington seront suivis sur le terrain.
Un risque de régionalisation persistante
La fragilité de l’accord Tshisekedi–Kagame laisse planer un risque majeur : la régionalisation du conflit. Déjà, plusieurs pays de la région sont impliqués, directement ou indirectement : la présence d’éléments étrangers, la circulation d’armes, la multiplication de groupes armés locaux formant des coalitions temporaires.
Le Sud-Kivu, le Nord-Kivu mais aussi les zones frontalières avec le Burundi et l’Ouganda apparaissent comme des points de tension potentiels, où un incident pourrait rapidement dégénérer.
Une crise humanitaire à un niveau critique
Sur le plan humanitaire, la situation est décrite comme alarmante par les ONG et les agences internationales : millions de déplacés internes depuis le début de l’année, villages vidés de leurs habitants, accès humanitaire souvent bloqué par l’insécurité, infrastructures sociales fragilisées.
La persistance des combats empêche la mise en place de couloirs humanitaires pourtant jugés essentiels par l’ONU. Chaque flambée de violence entraîne de nouveaux déplacements, aggravant la vulnérabilité de milliers de familles.
Vers un possible dialogue ?
Face à l’impasse militaire et aux limites des pressions diplomatiques, plusieurs voix congolaises notamment au sein de l’opposition et des Églises — appellent à un dialogue national ou régional.
Ce dialogue, encore controversé à Kinshasa, viserait à : réconcilier les positions communautaires, définir un cadre politique stable, réintégrer ou neutraliser certains groupes armés, clarifier les engagements internationaux.
Pour l’heure, le gouvernement insiste sur le respect strict des accords de Washington et sur la pression internationale envers le Rwanda. Mais l’idée d’un dialogue politique élargi gagne du terrain, surtout dans les milieux sociaux et religieux qui redoutent une guerre longue.
Un peu plus tôt, Washington avait à travers son ambassade en République Démocratique du Congo, appelé à une cessation des hostilités conformément aux engagements pris à Washington et à Doha entre d’un côté la RDC et le Rwanda et de l’autre côté entre la RDC et la rébellion de l’AFC/M23. Pour l’heure, les violences continuent dans les lignes des fronts particulièrement au Sud-Kivu où le groupe rebelle a revendiqué depuis le 9 décembre son entrée dans la ville d’Uvira.
La déclaration de l’UE sonne comme un avertissement : les efforts diplomatiques, aussi ambitieux soient-ils, risquent d’être insuffisants si les engagements pris à Washington ne sont pas rapidement traduits en actes. Dans un contexte humanitaire extrêmement fragile, et alors que les dynamiques régionales restent explosives, la RDC et ses partenaires internationaux se trouvent à un tournant décisif. La question n’est plus de savoir si un accord existe, mais s’il peut encore empêcher l’embrasement général de la région des Grands Lacs.
José-Junior OWAWA
