Éditorial / Davos : la RDC à la table du monde, mais sous le regard de son peuple

À Davos, la République démocratique du Congo n’est plus venue quémander. Elle s’est présentée comme un pays-clé, une puissance de solutions dans un monde en crise. Le discours est audacieux, la posture assumée. Mais entre la scène feutrée des Alpes Suisses et la réalité rugueuse de Kinshasa, une question demeure : la RDC saura-t-elle transformer l’essai ?

Pendant longtemps, la RDC a été absente de Davos autrement que par ses minerais — souvent cités, rarement assumés politiquement. Cette année encore, le Forum économique mondial a rappelé une vérité dérangeante : il n’y a pas de transition énergétique mondiale sans le Congo. Pour la première fois, Kinshasa a décidé de prendre cette vérité à son compte, d’en faire un récit, une doctrine, presque une revendication.

À Davos, la RDC ne s’est pas présentée comme un pays pauvre, mais comme un pays indispensable. Le concept de « pays-solutions » n’est pas qu’un slogan : il marque une rupture avec une diplomatie de sollicitation qui a trop longtemps enfermé le Congo dans une posture d’assisté. Désormais, le message est clair : nous détenons une part de la solution mondiale, nous exigeons une part équitable de la valeur.

Mais Davos n’est pas un sanctuaire de justice. C’est un marché d’intérêts.

Dans les couloirs feutrés, on n’écoute pas les pays pour ce qu’ils sont, mais pour ce qu’ils garantissent. Or, c’est ici que commence l’épreuve de vérité. Car le discours congolais, aussi juste soit-il, reste suspendu à une condition majeure : la crédibilité interne. Un pays ne peut prétendre structurer les chaînes de valeur mondiales s’il peine encore à sécuriser son propre territoire, à stabiliser ses institutions et à rassurer les investisseurs sur la prévisibilité de ses règles.

Davos a offert à la RDC une tribune rare : celle de rappeler que l’instabilité à l’Est n’est pas un problème local, mais un risque systémique pour l’économie mondiale. Sur ce point, Kinshasa a marqué des points. La guerre n’a pas été abordée comme une tragédie humanitaire de plus, mais comme une faille dans l’architecture globale des approvisionnements stratégiques. C’est un changement de registre, et il est intelligent.

Mais attention à l’illusion.

Davos aime les récits puissants. Il adore les promesses. Il applaudit les visions. Ce qu’il ne fait pas, en revanche, c’est gouverner à la place des États. Le danger serait de confondre visibilité internationale et transformation réelle. Le peuple congolais ne vit pas à Davos. Il vit sous la pression fiscale, l’insécurité, le chômage, la défiance envers les élites.

La vraie question n’est donc pas de savoir si la RDC a bien parlé à Davos. Elle est de savoir si Davos changera quelque chose à la RDC, et non l’inverse.

Car l’histoire récente est cruelle : trop de sommets, trop de forums, trop de photos n’ont produit qu’à des communiqués. Cette fois, l’exigence est plus forte. Le Congo a placé la barre haut. Il devra maintenant aligner les réformes, discipliner sa gouvernance, sécuriser ses territoires et rendre lisible son modèle économique.

Sinon, le « pays-solutions » risque de devenir un slogan de plus — brillant à l’international, inaudible à l’intérieur.

Davos n’est pas une fin. C’est un miroir.

Et le plus dur commence toujours après le reflet.

William – Albert Kalengay

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