L’annonce de l’imminence de la tenue d’un dialogue national en République démocratique du Congo par plusieurs acteurs de la vie politique congolaise remet en scène ce sujet toujours d’actualité mais pas encore effectif. Présenté par les partisans de cette initiative comme une étape décisive vers l’apaisement politique et la stabilisation du pays, l’idée d’un dialogue national suscite à la fois espoirs et inquiétudes.




Plusieurs semaines après les premières consultations par des médiateurs tant nationaux qu’étrangers, l’ouverture officielle tarde, révélant les fractures persistantes entre pouvoir, opposition et confessions religieuses alors que la population attend des solutions à l’insécurité, à la crise économique et dans une certaine mesure, à la crise politique.
Si les choses semblent avoir évolué à l’international notamment la signature de l’accord de paix entre Kinshasa et Kigali d’une part et de l’autre, entre Kinshasa et la rébellion du M23, au niveau interne, le processus apparaît désormais paralysé. Des calculs politiques, des méfiances mutuelles et des positions divergentes.
Un contexte politique encore fragile
Depuis les dernières élections, la RDC fait face à une contestation persistante de certains acteurs politiques, une insécurité aggravée dans l’Est, une crise humanitaire majeure entraînant une fragilisation de la confiance envers les institutions. Entre pouvoir, opposition et société civile, les violons sont loin de s’accorder sur la vraie finalité du dialogue. Si pour le pouvoir l’initiative pourrait contribuer à apaiser les tensions afin de permettre la continuité des affaires de l’Etat, l’opposition par contre y voit un cadre de débat national pour amorcer des réformes institutionnelles en profondeur. Une cristallisation qui laisse perplexe certains observateurs.
« Le pays ne peut pas continuer dans une logique d’affrontement permanent. Le dialogue peut être une passerelle, mais encore faut-il qu’il soit crédible », estime un politologue basé à Kinshasa.
Une volonté de maîtriser le calendrier ?
Le gouvernement insiste sur la nécessité d’un cadre politique structuré. Dans les salons huppés de la capitale congolaise, l’idée de la tenue du dialogue national est effectivement sur la table. Entre Kinshasa, Luanda, Brazzaville ou Lomé, les négociateurs étudient la possibilité et le lieu pour accueillir de telles assises.
« Nous voulons un dialogue inclusif qui permette de stabiliser le pays. Les consultations avancent et le calendrier sera respecté », confie une source proche du pouvoir.
Dans les couloirs, l’on allègue la sensibilité des acteurs à vouloir aborder les questions liées aux réformes électorales, la sécurisation de l’Est, la cohésion nationale ou encore la gouvernance publique. En revanche, l’opposition accuse le gouvernement de chercher à contrôler l’agenda, en fixant les modalités, le rythme et les thèmes prioritaires. Les reports successifs alimentent les soupçons d’une stratégie visant à affaiblir ou diviser l’opposition, et à conserver l’initiative politique.
Une opposition sceptique et fragmentée
Face au pouvoir, l’opposition peine à définir une position commune. Certains regroupements appellent au boycott tant que leurs conditions ne sont pas satisfaites notamment la libération de certains prisonniers, les garanties juridiques sur les engagements, la constitution d’un comité de suivi indépendant ou encore la nécessité d’obtenir l’équilibre réel de participation.
« Nous ne pouvons pas participer à un processus qui serait uniquement cosmétique ou qui ne sera qu’un monologue », déclare un cadre de l’opposition. Malgré cette méfiance, d’autres formations, au contraire, se disent prêtes à participer pour « défendre les intérêts du peuple ».
Cette division interne affaiblit la capacité de l’opposition à peser sur le format du dialogue, offrant au pouvoir une marge de manœuvre supplémentaire.
Les Églises, arbitres moraux incontournables ?
Dans un paysage politique souvent polarisé, les confessions religieuses jouent un rôle central. La CENCO, l’Église protestante et plusieurs plateformes évangéliques multiplient consultations et déclarations publiques. Un évêque impliqué dans les discussions rappelle :
« Le dialogue doit servir le pays, pas les ambitions des acteurs politiques ».
Dans le passé, les Églises ont déjà contribué à la médiation lors de crises politiques, la surveillance électorale, la défense de la démocratie. Leur influence sociale, très forte, leur permet de faire pression sur les acteurs politiques. Elles craignent une montée des tensions populaires au-delà de l’insécurité dans la partie orientale du pays.
Une population en attente, entre lassitude et espoir
Dans la rue, la perception est contrastée. Beaucoup expriment une lassitude générale face aux promesses non tenues. « Les dialogues, on en a vu plusieurs, mais rien ne change », confie un étudiant de l’Université de Kinshasa. Les organisations de la société civile demandent : une participation citoyenne réelle, la transparence des discussions, un suivi public des décisions.
Au-delà des postures, des enjeux stratégiques
Derrière les discours officiels, plusieurs enjeux déterminants se dessinent. A l’issue de ce dialogue, une recomposition des alliances politiques suivie d’un contrôle de l’appareil institutionnel pour le positionnement repositionnement des acteurs ne sont pas à exclure en vue des futures échéances politiques ou encore la nécessité d’exercer une influence sur la gouvernance sécuritaire.
Certains analystes redoutent que le dialogue devienne un instrument de légitimation politique, sans impact réel sur le terrain. D’autres y voient une opportunité d’ouverture, si les acteurs acceptent des concessions.
Alors que les tensions persistent, plusieurs observateurs estiment que la pression des Églises, la mobilisation de la société civile, la situation sécuritaire à l’Est pourraient pousser les acteurs à trouver un compromis. Mais quant à,
son succès, il pourra dépendre de la capacité des acteurs à dépasser leurs intérêts particuliers pour répondre aux attentes d’une population en quête de stabilité et de solutions concrètes. Reste à savoir si l’élite politique acceptera de transformer ce dialogue en véritable outil de cohésion nationale ?
José-Junior Owawa

C’est très bien comme ils ont reconnus