Crise en RDC : L’offensive diplomatique de Faure Gnassingbé à l’étape de Kampala

Kampala, Kigali, Gitega… le président du Conseil des ministres du Togo, Faure Essozimna Gnassingbé, poursuit une intense séquence diplomatique au cœur de la région des Grands Lacs, dans un contexte sécuritaire marqué par la persistance du conflit armé à l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Désigné médiateur de l’Union africaine (UA) dans cette crise multidimensionnelle, le dirigeant togolais multiplie les consultations bilatérales avec les principaux chefs d’État de la région, dans l’espoir de relancer une dynamique crédible de paix.

Une médiation africaine sous haute tension

Cette nouvelle étape du ballet diplomatique de Faure Gnassingbé s’inscrit dans le prolongement des concertations engagées par l’Union africaine pour une paix durable dans les Grands Lacs. À Kampala, le médiateur de l’UA a été reçu par le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, une rencontre saluée pour « la qualité et la franchise des échanges », en présence de facilitateurs régionaux et de partenaires internationaux.

Dans une déclaration rendue publique, Faure Gnassingbé a remercié son hôte pour l’accueil qui lui a été réservé, soulignant l’importance d’un dialogue direct entre dirigeants africains face à une crise qui menace la stabilité de toute la sous-région.

RDC : une crise sécuritaire persistante et régionalisée

Au centre de ces consultations figure la situation sécuritaire critique dans l’Est de la RDC, où les violences armées se poursuivent malgré les initiatives diplomatiques et militaires successives. Les affrontements impliquant la rébellion de l’AFC/M23, accusée par Kinshasa d’être soutenue par le Rwanda — ce que Kigali dément — ont provoqué des déplacements massifs de populations, aggravé la crise humanitaire et fragilisé les mécanismes de confiance entre États voisins.

La régionalisation du conflit, avec l’implication directe ou indirecte de plusieurs pays, rend la médiation particulièrement délicate. C’est dans ce contexte que Faure Gnassingbé entend réconcilier les approches divergentes, en privilégiant l’écoute, la diplomatie de proximité et la coordination entre les initiatives existantes (processus de Luanda, de Nairobi et cadres ad hoc de l’UA).

Kigali, Gitega, Kampala : la diplomatie du contact direct

Après Kampala, le président togolais a poursuivi ses échanges avec le président rwandais Paul Kagame, acteur central et controversé du dossier congolais, puis avec le président burundais Évariste Ndayishimiye, dont le pays est également concerné par les dynamiques sécuritaires transfrontalières.

Ces consultations bilatérales visent à désamorcer les tensions, clarifier les positions nationales et explorer des compromis réalistes autour des questions clés : cessation des hostilités, désengagement des groupes armés, mécanismes de vérification et relance d’un dialogue politique inclusif en RDC.

Un pari diplomatique à haut risque

La mission confiée à Faure Gnassingbé n’est pas sans risques. Les précédentes tentatives de médiation ont souvent buté sur le déficit de confiance, les accusations croisées et la persistance d’intérêts sécuritaires divergents. Toutefois, le choix d’un médiateur ouest-africain, perçu comme relativement extérieur aux rivalités locales, pourrait offrir une marge de manœuvre nouvelle.

En multipliant les rencontres de haut niveau et en s’appuyant sur l’Union africaine, Faure Gnassingbé tente de repositionner l’initiative africaine au cœur de la résolution de la crise congolaise, à un moment où les populations civiles paient le prix fort de l’impasse sécuritaire.

Vers une paix encore incertaine

Si ce ballet diplomatique témoigne d’une volonté politique renouvelée, ses résultats dépendront de la capacité des acteurs régionaux à traduire les engagements verbaux en actes concrets sur le terrain. Pour la RDC, l’enjeu est existentiel : restaurer l’autorité de l’État, protéger les civils et sortir d’un cycle de violences qui dure depuis des décennies.

Faure Gnassingbé, en médiateur africain, joue désormais une partition décisive. Reste à savoir si cette chorégraphie diplomatique saura déboucher sur une paix durable ou si elle viendra s’ajouter à la longue liste des espoirs déçus dans la région des Grands Lacs.

José-Junior Owawa

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