Dans une interview exclusive accordée à Geopolis Hebdo, Dieudonné Nkishi, coordonnateur du Front Anti-Dialogue, livre une lecture radicale de la crise sécuritaire et humanitaire à l’Est de la RDC. Il dénonce l’inefficacité des processus de dialogue, qualifie les accords diplomatiques d’illusions et plaide pour une autodéfense populaire organisée.
La situation sécuritaire et humanitaire dans l’est de la République démocratique du Congo continue de se dégrader, dans un climat marqué par des déplacements massifs de populations et une pression croissante sur l’État. Pour Dieudonné Nkishi, cette tragédie se déroule dans une indifférence presque totale.
« Le drame qui se poursuit en ce moment dans la partie orientale de notre pays est d’une cruauté innommable sur le plan humanitaire », affirme-t-il avant de poursuivre que « ce qui est encore plus dur, c’est que le génocide des Congolais tel qu’il se passe n’émeut ni les Congolais eux-mêmes, ni le monde entier. »
Le coordonnateur du Front Anti-Dialogue évoque des images de populations errantes, de femmes et d’enfants déplacés depuis plus de trente ans, sans que cela ne suscite, selon lui, une réaction à la hauteur du drame. « Il est vraiment incroyable de voir comment le monde entier détourne la face face au drame qui se passe dans le pays », déplore-t-il, avant d’ajouter que « ce qui est pire, c’est que le Congolais lui-même vit dans l’indifférence et dans le déni de la guerre. »
Le dialogue, une « illusion » répétée depuis 31 ans
Alors que de nombreuses voix politiques, religieuses et sociales appellent à un dialogue national pour tenter de « sauver le pays », Dieudonné Nkishi rejette catégoriquement cette option. Il rappelle que la RDC vit, selon lui, une guerre d’agression depuis plus de trois décennies, sans que les multiples dialogues engagés n’aient permis d’y mettre fin. « On a toujours pensé que la solution serait de dialoguer avec ceux qui prennent les armes, congolais comme étrangers. On l’a fait et répété un million de fois, mais la RDC ne sort pas du cycle infernal de la guerre », rappelle le Président National du parti politique Congo Positif.
Pour lui, l’absence de garanties crédibles rend tout nouveau dialogue inutile, voire dangereux. « Quelle garantie a-t-on que ceux qui ont pris les armes viendront au dialogue sans réclamer le mixage, le brassage, l’impunité ou des postes après avoir tué des Congolais ? » s’interroge l’acteur politique.
Washington et Uvira : « la preuve que la solution ne viendra pas des accords »
Les récents développements diplomatiques, notamment l’accord de Washington, n’ont pas modifié la position du Front Anti-Dialogue. Bien au contraire.
Pour son coordonnateur, « Il a suffi seulement de 24 heures après avoir entériné l’accord de Washington pour que le Rwanda progresse sur le théâtre des opérations en prenant la ville d’Uvira », affirme Dieudonné Nkishi qui estime que « c’est la preuve que la solution ne viendra pas des dialogues. »
Selon lui, ces événements ont renforcé la conviction que la paix ne peut être obtenue par des compromis diplomatiques successifs. « Les récents développements sont venus nous radicaliser », a-t-il martelé.
Autodéfense populaire et mobilisation générale, la recette Nkishi
En lieu et place du dialogue, le Front Anti-Dialogue avance une stratégie fondée sur trois piliers. D’abord, sortir le pays du déni de la guerre. En d’autres mots, « tous les Congolais doivent savoir et se comporter comme on se comporte quand on est en guerre », soutient-il, appelant le gouvernement à appliquer des mesures exceptionnelles prévues par la Constitution.
Ensuite, l’organisation de l’autodéfense populaire qui revient à suggérer qu’il « faut nous permettre d’organiser l’autodéfense populaire. Nous pouvons mobiliser et former des volontaires par territoire et par ville. Nous les appelons les “surveillants du territoire” », explique-t-il, évoquant une mobilisation pouvant atteindre plusieurs millions de personnes.
Enfin, un soutien accru aux forces de défense. Au-delà de ces deux approches, Dieudonné Nkishi préconise aussi un soutien maximal aux forces de défense et de sécurité. « Il faut apporter un soutien massif aux FARDC et aux jeunes Wazalendo afin qu’ils puissent défendre la Patrie conformément à leur mission constitutionnelle», a lancé celui qui est convaincu que « dialoguer aujourd’hui serait une capitulation.»
Interrogé sur l’existence d’une éventuelle ligne rouge qui rendrait le dialogue inévitable, Dieudonné Nkishi reste inflexible. « Tout dialogue qui se tiendrait dans les conditions actuelles d’occupation du pays serait une gifle contre la résistance congolaise », tranche-t-il. « La tenue d’un quelconque dialogue ne peut être considérée que comme une capitulation», a-t-il poursuivi avant d’adresser un appel à la résistance aux populations vivant dans les zones occupées.
« Les Congolais doivent résister. L’exemple des Wazalendo doit inspirer tous ceux qui vivent dans les zones d’insécurité pour s’autodéfendre», a-t-il conclu.
Pour rappelle, depuis la consécration de l’accord de paix de Washington entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous l’égide des États-Unis le 4 décembre 2025, le Sud-Kivu particulièrement connaît une flambée des violences. Kinshasa qui continue à pointer du doigt le soutien Rwandais à la rébellion de l’AFC/M23 a été renforcé par la confirmation de sa thèse par le paraît américain menaçant de sanction Kigali qui a toujours nié toute implication dans la crise sécuritaire et humanitaire à laquelle est confronté son grand voisin.
José-Junior OWAWA
