Conseil de la Paix : Trump redessine-t-il l’ordre mondial au détriment des plus faibles ?

En lançant un nouvel organisme international dédié à la paix lors du Forum économique mondial de Davos, Donald Trump affirme vouloir corriger les lenteurs et les blocages du multilatéralisme classique. Officiellement présenté comme un outil pragmatique de résolution des conflits, ce Conseil de la paix suscite toutefois de profondes interrogations. Derrière l’ambition affichée se dessine une remise en cause frontale de l’Organisation des Nations unies, concurrencée de facto par une structure parallèle fondée non sur le consensus universel, mais sur la capacité d’influence et de financement.

La question du ticket d’entrée, fixé à un milliard de dollars pour accéder au statut de membre permanent, cristallise les critiques. Certes, l’adhésion au Conseil de la paix n’implique pas formellement le versement immédiat de cette somme, et certains États peuvent y participer à titre temporaire. Mais dans les faits, l’architecture de l’institution concentre l’essentiel du pouvoir décisionnel entre les mains des membres permanents, dont l’accès est conditionné à cette contribution financière. Autrement dit, la participation sans paiement confère une présence symbolique ; l’influence réelle, elle, se monnaie.

Cette logique place de nombreux pays africains dans une position structurellement défavorable. Déjà fragilisés économiquement et confrontés à de multiples crises sécuritaires, ils se voient proposer une adhésion sans véritable capacité de peser sur les orientations stratégiques. Adhérer pleinement devient un luxe hors de portée ; rester en marge comporte le risque d’une marginalisation diplomatique progressive à mesure que de nouveaux cercles décisionnels se forment.

Le faible nombre de pays africains conviés à l’initiative, essentiellement limités au Maghreb, n’est pas anodin. Il ne relève pas nécessairement d’une exclusion explicitement formulée, mais révèle une hiérarchisation implicite des partenaires, fondée sur le poids géostratégique, la proximité diplomatique avec Washington et la capacité financière, plutôt que sur la centralité des enjeux sécuritaires africains dans l’agenda international. Un paradoxe, quand on sait que le continent africain demeure l’un des principaux théâtres d’opérations de maintien de la paix.

Pendant que l’Afrique hésite ou observe à distance, les grandes puissances manœuvrent. Certaines disposent de marges de négociation, d’autres de ressources financières ou d’outils juridiques leur permettant de contourner les contraintes du système. Cette asymétrie met en lumière un déséquilibre fondamental : aux puissants, la flexibilité stratégique ; aux plus faibles, l’adaptation forcée.

Dès lors, ce nouvel organisme apparaît moins comme une alternative vertueuse au multilatéralisme existant que comme un instrument de reconfiguration du pouvoir mondial. En affaiblissant indirectement le rôle central de l’ONU et en introduisant une logique de paix conditionnée par la capacité financière, l’initiative de Trump consacre un basculement inquiétant : celui d’un ordre international où la stabilité ne repose plus prioritairement sur le droit et l’égalité souveraine des États, mais sur la force économique et l’influence stratégique.

Le lancement du Conseil de la paix à Davos n’a d’ailleurs convaincu qu’à moitié. Sur la soixantaine de pays invités, seule une trentaine ont répondu présents. Plusieurs grandes puissances dont la Chine, l’Inde ou la France ont choisi de ne pas s’associer à l’initiative, tout comme certains alliés traditionnels des États-Unis, craignant que ce nouvel organisme ne se substitue, à terme, aux Nations unies plutôt que de les compléter.

Le Conseil de la paix tel qu’il est conçu ne consacre pas seulement une nouvelle architecture institutionnelle ; il révèle une transformation plus profonde de l’ordre international. En substituant progressivement la capacité financière au principe d’égalité souveraine, cette initiative instaure une paix conditionnelle, sélective et hiérarchisée.

Dans ce modèle, l’Afrique n’est ni explicitement exclue ni pleinement intégrée : elle est invitée sans pouvoir réellement peser. L’enjeu dépasse donc la seule initiative de Donald Trump. Il pose une question fondamentale : la paix mondiale peut-elle encore être pensée comme un bien commun, ou devient-elle un instrument réservé aux États capables d’en financer l’accès ?

Tant que cette interrogation restera sans réponse, le Conseil de la paix apparaîtra moins comme une innovation multilatérale que comme le symptôme d’un monde où l’influence se monnaye, et où les plus fragiles, une fois encore, supportent le coût d’un ordre qu’ils n’ont pas contribué à définir.

Don Momat

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