La République démocratique du Congo a franchi lundi à Abou Dhabi, une étape décisive de sa diplomatie économique et stratégique. La RDC et les Émirats arabes unis ont procédé ce lundi à la signature officielle d’un Accord de Partenariat Économique Global, le plus ambitieux jamais conclu par le Congo en matière commerciale.


La cérémonie de signature est intervenue au palais présidentiel de Qasr Al Watan en présence du président des Émirats arabes unis Mohammed ben Zayed Al Nahyane et du Président de la République Démocratique du Congo Félix-Antoine Tshisekedi. Les accords économiques signés et le mémorandum d’entente ont concerné le secteur des Mines, celui des Transports et la Diplomatie.
Le partenariat signé entre ces deux Etats marque l’aboutissement de deux années de négociations intensives ayant mobilisé les administrations économiques, douanières et commerciales des deux États.
“Cet Accord vise l’instauration d’un cycle formel d’échanges commerciaux dans divers secteurs d’intérêt commun. Il est un modèle de partenariat gagnant – gagnant qui s’inscrit dans l’option souveraine de la diversification des partenaires commerciaux. Sa signature interviendra entre le ministre du commerce extérieur des Émirats arabes unis et celui de la RDC”, renseigne la présidence de la RDC.
La RDC est dans une logique de diversification de partenariats économiques: la Chine, les États-Unis, le Qatar les Emirats arabes unis ont tous un engagement économique important avec la RD Congo. Outre ces pays, la RDC a déjà conclu des accords avec le Kazakhstan, l’Égypte, l’Israël, la Belgique… Le pays est en train de redéfinir ses alliances, en agissant sur ce qu’elle appelle “la diplomatie économique”.
L’accord avec Abou Dhabi offre une portée encore plus importante, Il offre à la RDC un cadre structurant pour diversifier son économie, formaliser ses échanges et renforcer la compétitivité de ses produits sur les marchés internationaux, déclare la présidence de la RDC.
Ces accords dépassent ainsi la seule logique extractive pour inscrire le Congo dans une dynamique de commerce intégré, fondé sur la valeur ajoutée locale, la traçabilité et la reconnaissance de la nationalité des produits, certification appelée à être encadrée par les services compétents, notamment la Direction générale des douanes et accises, selon le ministère de l’économie.
Un signal stratégique fort dans la région des Grands Lacs
Ces accords s’inscrivent aussi dans un contexte régional tendu, marqué par le conflit persistant entre la RDC et le Rwanda. Face à cela, Kinshasa développe une stratégie : nouer des partenariats économiques avec les pays considérés comme les destinations finales des minerais qui, aujourd’hui, transiteraient par le Rwanda. C’est notamment ce qui est en chantier avec les Émirats arabes unis, identifiés par Kinshasa comme l’une des principales destinations de l’or provenant de l’Est du pays. “La guerre est essentiellement économique. Il faut employer des lévriers économiques pour mettre fin à ce cycle”, a expliqué récemment Daniel Mukoko Samba, Vice – premier ministre en charge de l’économie.
Avec les Emirats arabes unis, Kinshasa ne part pas de zéro. Une première tentative de collaboration avait déjà été lancée en 2022 et 2023 à travers une coentreprise baptisée Primera Gold DRC, depuis entièrement contrôlée par l’État congolais.
L’accord revêt une dimension géopolitique majeure. “Il apparaît comme un levier stratégique permettant à la RDC de couper progressivement le Rwanda d’un partenaire clé, notamment dans le secteur de l’or, longtemps entaché par des soupçons persistants d’exploitation et de commercialisation illicites de ressources congolaises”, a noté Patient Ligodi, un journaliste connaisseur du dossier.
En établissant un cadre de coopération commerciale direct, bilatéral et étatique avec les Émirats arabes unis, partenaire traditionnellement perçu comme proche de Kigali, Kinshasa opère un repositionnement diplomatique assumé. Le message est clair : les échanges économiques se feront désormais sans intermédiaires, sans circuits parallèles, et dans le respect strict de la souveraineté congolaise sur ses ressources.
Cette approche vise à assécher les chaînes informelles, à sécuriser les recettes nationales et à garantir que les produits exportés sous label congolais soient effectivement issus du territoire national.
Un allié économique de poids
En s’alliant aux Émirats arabes unis, hub commercial et financier majeur, la RDC se dote d’un partenaire de premier plan, capable de soutenir l’expansion de ses exportations et d’accompagner sa montée en puissance économique. Les échanges bilatéraux, déjà estimés à plusieurs milliards de dollars américains, devraient connaître une croissance significative grâce à ce nouveau cadre juridique.
Patrick Ilunga & Don Momat
