Depuis son arrivée au ministère de la Justice en août 2025, Guillaume Ngefa a engagé plusieurs chantiers : lutte contre les spoliations, modernisation de l’administration judiciaire, rapprochement des juridictions des populations et renforcement de la coopération internationale. Une dynamique se dessine, mais son aboutissement dépendra de sa traduction dans la vie des justiciables. Entre les réformes présentées et les difficultés persistantes, la reconstruction de la confiance demeure le principal défi.









La justice est l’un des lieux où se mesure, quotidiennement, la crédibilité de l’État. Pour le citoyen, elle prend le visage d’un dossier qui avance, d’un bien restitué, d’une détention examinée dans les délais ou d’une décision exécutée. C’est à cette échelle que doit être appréciée l’action de Guillaume Ngefa à la tête du ministère de la Justice.
Lors de son exercice de redevabilité en août 2026, le ministre a présenté une série de réformes tout en reconnaissant la persistance de dysfonctionnements structurels. Ce double constat permet de poser les termes d’un bilan : des initiatives ont été engagées, mais leur portée doit encore être mesurée par des résultats vérifiables.
Les spoliations, un terrain concret de restauration de l’autorité publique
La protection du patrimoine immobilier constitue l’un des domaines dans lesquels le ministre revendique des résultats précis. En mars 2026, devant la diaspora congolaise réunie à Bruxelles, Guillaume Ngefa a annoncé la récupération de 154 maisons appartenant à l’État dans la commune de la Gombe. Cette déclaration est rapportée par le service de communication de l’ambassade de la RDC en Belgique.
L’enjeu dépasse le nombre de bâtiments concernés. La récupération de biens publics peut contribuer à rétablir une frontière essentielle entre le patrimoine collectif et les intérêts privés. Elle touche également à une attente profonde des particuliers : disposer d’une justice capable de sécuriser leurs propriétés et de faire exécuter ses décisions.
Pour donner toute sa portée à cet acquis annoncé, une documentation publique serait déterminante : inventaire des biens récupérés, situation juridique, affectation et éventuelles procédures encore pendantes. La transparence permettrait de consolider les résultats et d’en assurer le suivi au-delà de la communication ministérielle.
La lutte contre la criminalité financière cherche ses instruments
Autre chantier important : le Tribunal pénal économique et financier. Son opérationnalisation figurait encore parmi les sujets discutés, le 23 septembre 2026, entre Guillaume Ngefa et l’ambassadeur de l’Union européenne en RDC. Le renforcement du dispositif anticorruption et la mise en œuvre de la profession notariale étaient également au programme de cette rencontre. Il convient donc de présenter ces dossiers comme des réformes en cours, sans confondre leur annonce avec un fonctionnement pleinement établi.
La spécialisation de la réponse judiciaire peut constituer un progrès face à des affaires financières complexes. Mais une institution spécialisée devra disposer de compétences, de moyens d’enquête et de garanties d’indépendance à la hauteur de sa mission.
Son efficacité se mesurera notamment à la qualité des procédures, aux délais de traitement et aux avoirs effectivement récupérés. La crédibilité de la lutte contre la corruption dépendra aussi de sa capacité à appliquer les mêmes exigences à tous.
Rapprocher la justice des populations
La question territoriale occupe également une place dans l’action présentée par le ministère. Lors de son bilan d’août, Guillaume Ngefa a fait état de réalisations en matière d’infrastructures à Lubumbashi, Demba et Kinshasa/Kalamu, ainsi que d’un programme de six nouveaux complexes judiciaires. Ces éléments relèvent du bilan ministériel et demandent un suivi de leur fonctionnement effectif.
L’orientation répond à une nécessité : une justice trop éloignée devient difficilement accessible. Le coût du déplacement, les frais de séjour et les reports d’audience peuvent décourager un plaignant ou fragiliser une défense.
Toutefois, le bâtiment ne suffit pas. Une juridiction doit disposer de magistrats, de greffiers, d’archives, d’équipements et d’un budget régulier. L’indicateur décisif sera le nombre de services judiciaires capables d’accueillir les citoyens et de traiter effectivement leurs affaires.
La modernisation numérique, une promesse à concrétiser
Le programme « Justice 2.0 » figure parmi les instruments de modernisation présentés par Guillaume Ngefa. Le ministre a également évoqué la réforme de la justice militaire et la modernisation de l’Inspection générale des services judiciaires et pénitentiaires.
La transformation numérique pourrait faciliter le suivi des dossiers, la conservation des actes et la traçabilité des procédures. Elle pourrait également réduire certaines possibilités de manipulation.
Son évaluation exige cependant des informations précises sur les services déjà équipés, les procédures disponibles et les utilisateurs réellement concernés. Pour le justiciable, le progrès devra se traduire par des démarches plus simples, des délais mieux maîtrisés et une information plus accessible.
Makala, l’épreuve la plus immédiate
La situation carcérale rappelle l’ampleur du travail restant. Lors de la visite ministérielle du 15 octobre 2026 à Makala, le directeur de l’établissement a fait état de 16 238 détenus pour une capacité initiale de 1 500 places, dont plus de 11 000 personnes en détention préventive. Radio Okapi rapporte également que 108 détenus avaient été identifiés pour une remise en liberté après examen individuel, avec quelques libérations effectuées sur place.
La visite, l’examen des dossiers et les mesures annoncées témoignent d’une prise en charge du problème. Les chiffres montrent néanmoins que le désengorgement demeure un chantier majeur.
Une réponse durable doit agir sur toute la chaîne : qualité des enquêtes, traitement des dossiers, examen régulier de la détention et exécution des décisions. Construire ou réhabiliter des établissements restera insuffisant si les causes procédurales de la surpopulation persistent.
La coopération internationale, un levier à convertir en résultats
Guillaume Ngefa a aussi développé des échanges avec des partenaires étrangers autour de l’entraide judiciaire. À Bruxelles, en mars 2026, il a présenté la coopération comme un moyen de poursuivre les infractions transnationales et de favoriser la récupération des fonds détournés.
Cette démarche répond à une réalité : les circuits financiers et certains auteurs présumés dépassent les frontières nationales. L’action intérieure doit pouvoir s’appuyer sur des enquêtes, des échanges d’informations et des procédures à l’étranger.
Les rencontres diplomatiques constituent une étape. Leur portée se vérifiera dans les actes d’entraide exécutés, les procédures abouties et les restitutions obtenues.
Financer les réformes et protéger leur crédibilité
La question des moyens traverse l’ensemble de ces chantiers. En septembre, le ministre a évoqué une enveloppe annuelle d’environ 50 millions de dollars et sollicité un accompagnement accru des partenaires. Ce montant, présenté dans le cadre de sa communication, doit être apprécié selon son périmètre budgétaire exact et les crédits effectivement décaissés.
Le financement doit s’accompagner d’une exigence de responsabilité : publier les objectifs, les dépenses, les délais et les résultats. Il doit aussi servir une justice dont l’indépendance et le respect des droits constituent les garanties essentielles.
Une réforme gagne la confiance lorsqu’un citoyen peut contester une décision, bénéficier d’une défense et obtenir l’examen impartial de sa cause, quelle que soit sa position sociale ou politique.
Le prochain bilan sera celui du justiciable
L’action de Guillaume Ngefa présente ainsi plusieurs points d’appui : une récupération de patrimoine annoncée et chiffrée, des interventions carcérales documentées, des chantiers institutionnels identifiés et une coopération judiciaire activement recherchée. Leur degré d’achèvement demeure variable.
La prochaine étape consiste à rendre leurs effets visibles et mesurables : des dossiers traités plus rapidement, des juridictions réellement accessibles, des détentions régulièrement examinées, des biens durablement sécurisés et des décisions exécutées.
C’est dans cette expérience quotidienne que se jouera la réussite du ministère. La réforme aura pleinement trouvé son sens lorsque le citoyen pourra faire confiance à la justice sans devoir connaître quelqu’un pour y être entendu.
Adam Mwena Meji
