Au Global Digital Forum, Augustin Kibassa Maliba a défendu une ambition : faire entrer la RDC dans la chaîne de valeur de l’intelligence artificielle en mobilisant ses ressources minières, ses données et sa jeunesse. Une orientation dont la portée dépendra de sa traduction en infrastructures, en compétences et en applications utiles à la population.


La République démocratique du Congo entend prendre une part plus active à la révolution de l’intelligence artificielle. Selon les éléments transmis par la cellule de presse du ministère de l’Économie numérique, Augustin Kibassa Maliba a porté cette position le jeudi 8 octobre 2026, à Moscou, lors du Global Digital Forum.
Le ministre congolais intervenait dans une table ronde réunissant notamment des représentants de la Tanzanie, de la République centrafricaine, de l’Ouganda et de Madagascar, consacrée aux orientations stratégiques, aux cadres législatifs et aux expériences africaines dans le numérique.
Au centre de son intervention : la place que la RDC peut construire dans une économie technologique à laquelle ses ressources naturelles contribuent déjà.
Des minerais à la création de valeur
Les minerais critiques constituent l’un des arguments avancés par Augustin Kibassa Maliba. Leur utilisation dans les équipements électroniques et les infrastructures technologiques donne à la RDC une raison de revendiquer une participation plus large à cette économie.
« Il serait tout à fait logique et naturel que nous puissions participer justement à la chaîne de valeur de l’économie mondiale sur l’IA », a déclaré le ministre, selon la transcription communiquée par ses services.
Cette ambition soulève une question essentielle : comment transformer un avantage minier en capacité technologique nationale ? La disponibilité des ressources ne suffit pas à construire une industrie numérique. Elle doit s’accompagner d’investissements, de transferts de compétences, d’infrastructures et de possibilités réelles de développement pour les entreprises congolaises.
L’enjeu consiste donc à faire progresser la place du pays dans la création de valeur, depuis les matières premières jusqu’aux services et aux applications.
Une souveraineté ouverte aux partenariats
Dans cette perspective, le ministre a défendu une souveraineté numérique fondée sur la diversification des partenariats. La RDC entend coopérer tout en réduisant sa dépendance excessive envers les infrastructures étrangères.
Cette orientation appelle des choix précis : où héberger les données nationales, comment les protéger, quelles compétences développer et quelles garanties obtenir des partenaires technologiques ?
Le discours présenté à Moscou place également les besoins congolais au cœur de la démarche. L’utilité de l’intelligence artificielle devra se mesurer à sa capacité à répondre aux difficultés du pays : améliorer la production agricole, faciliter l’accès au savoir, renforcer la gestion publique ou mieux connaître les ressources disponibles.
La donnée, un patrimoine à organiser
Augustin Kibassa Maliba a présenté la maîtrise des données nationales comme une condition fondamentale de cette transformation. Leur collecte, leur stockage et leur exploitation doivent permettre de mieux orienter les décisions et de développer des services adaptés aux réalités congolaises.
L’agriculture figure parmi les secteurs prioritaires évoqués. Le ministère met en avant le potentiel des terres arables du pays et les possibilités offertes par l’agriculture de précision : suivi des cultures, anticipation des risques, meilleure utilisation des ressources et traçabilité des produits.
Il s’agit toutefois d’une perspective de développement. Son application suppose des données fiables, une connectivité suffisante, des équipements accessibles et un accompagnement des producteurs.
Les mines, l’éducation, la gouvernance et les finances publiques sont également citées parmi les domaines dans lesquels l’IA pourrait apporter des solutions. Dans chacun de ces secteurs, la qualité des résultats dépendra d’abord de celle des informations disponibles et de la capacité des institutions à les utiliser.
Former pour maîtriser la transformation
Le capital humain constitue l’autre chantier mis en avant par le ministre. Selon sa cellule de presse, des programmes de formation avancée au numérique ont démarré cette année, avec l’objectif de préparer la jeunesse congolaise à participer à cette évolution.
La formation devra permettre au pays de disposer de professionnels capables de concevoir, d’adapter, de sécuriser et de maintenir les solutions utilisées. Elle devra aussi donner aux administrations et aux entreprises les moyens de comprendre ces outils et d’en apprécier les limites.
À Moscou, la RDC a ainsi exprimé sa volonté de contribuer à une intelligence artificielle fiable et éthique. Cette prise de position lui donne une orientation. Sa crédibilité se construira dans la durée, à travers des projets opérationnels, des compétences durables et des résultats perceptibles dans la vie des Congolais.
William Kalengay
