Le mois d’octobre s’ouvre en République démocratique du Congo sur une nouvelle mobilisation contre les cancers qui touchent les femmes. À l’occasion d’Octobre Rose, le ministère de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale lance, avec l’appui de la Banque mondiale et de Roche, une campagne de dépistage du cancer du sein et du cancer du col de l’utérus. Une initiative qui place la prévention et la détection précoce au cœur de la lutte contre ces deux maladies.

Selon les données de GLOBOCAN 2024 citées par le ministre de la Santé, Roger Kamba, plus de 9 700 nouveaux cas de cancer du sein et plus de 11 200 cas de cancer du col de l’utérus seraient enregistrés chaque année chez les femmes en RDC. Ces chiffres donnent la mesure du défi auquel le système de santé congolais est confronté.
La campagne annoncée entend élargir l’accès au dépistage. Quelque 912 000 femmes pourront bénéficier du dépistage du cancer du col de l’utérus dans six provinces : Kinshasa, le Kongo-Central, le Haut-Katanga, l’Équateur, la Tshopo et le Kwilu. Le programme doit se poursuivre jusqu’en 2028. À Kinshasa, 5 000 femmes pourront également bénéficier gratuitement du dépistage du cancer du sein.
Le dépistage, avant l’apparition des symptômes
Pour le ministre Roger Kamba, l’objectif est notamment d’amener les femmes à ne pas attendre l’apparition des signes de la maladie avant de consulter. Dans son message, il insiste sur l’importance du dépistage même en l’absence de symptômes : « Votre santé compte. Votre vie compte. N’attendez pas que la maladie se manifeste pour agir », a-t-il déclaré.
Cette position rejoint les recommandations internationales en matière de lutte contre le cancer. Pour l’Organisation mondiale de la Santé, l’amélioration de l’accès au diagnostic précoce et à des soins de qualité constitue un élément important de la lutte contre le cancer du sein. La sensibilisation doit également permettre aux femmes de reconnaître certains changements inhabituels au niveau du sein et de consulter rapidement.
Pour le cancer du col de l’utérus, le dépistage permet notamment d’identifier des lésions précancéreuses et d’intervenir avant qu’elles n’évoluent vers une maladie invasive. La RDC s’est par ailleurs engagée à renforcer la prévention et la prise en charge de ce cancer, notamment à travers la vaccination contre le papillomavirus humain et le renforcement du dépistage.
Octobre Rose, bien plus qu’un mois de sensibilisation
Au-delà de la campagne de dépistage, Octobre Rose constitue chaque année un moment de sensibilisation consacré principalement à la lutte contre le cancer du sein. Le ruban rose est devenu le symbole de cette mobilisation internationale, qui vise à informer sur la maladie, encourager le dépistage et rappeler l’importance d’un accès rapide aux soins.
En RDC, l’enjeu est toutefois de faire de cette mobilisation un point de départ plutôt qu’une action limitée au mois d’octobre. Le nombre de femmes annoncées dans le programme montre l’ambition de la campagne, mais son impact dépendra également de ce qui se passera après le dépistage.
Une femme chez qui une anomalie est détectée doit pouvoir bénéficier d’examens complémentaires, d’un diagnostic confirmé, d’une orientation médicale et, si nécessaire, d’un traitement. Le dépistage n’est donc qu’une étape dans un parcours de soins plus large.
Le véritable défi : assurer la continuité des soins
L’initiative du ministère pose ainsi une question essentielle comment transformer le dépistage de masse en prise en charge effective ?
La réponse ne dépend pas uniquement du nombre de femmes examinées. Elle repose aussi sur la capacité des structures sanitaires à accompagner celles chez qui une anomalie ou une lésion est découverte. C’est particulièrement important dans un pays où l’accès aux services spécialisés et aux traitements peut varier fortement selon les provinces.
La campagne annoncée jusqu’en 2028 offre, de ce point de vue, une perspective qui dépasse le seul mois d’octobre. Elle peut contribuer à installer progressivement une culture du dépistage et de la prévention, à condition que les mécanismes de suivi soient maintenus dans la durée.
Octobre Rose rappelle ainsi une réalité simple, face au cancer, agir tôt peut changer le parcours d’une patiente. Pour la RDC, le défi consiste désormais à faire du dépistage un réflexe durable et à garantir que les femmes identifiées comme étant à risque ou atteintes d’un cancer puissent accéder rapidement à la suite de leur prise en charge.
Chris Mutombo
