Rentrée littéraire : Une rencontre fortuite entre Willy Kalengay et Eddy Malu ouvre le débat sur l’avenir du Congo

À l’occasion de la rentrée littéraire ouverte ce jeudi à Kinshasa, le livre s’est une nouvelle fois affirmé comme un espace de rencontre et de confrontation des idées. C’est dans ce cadre que Willy Kalengay, patron de Geopolis Forum, a échangé avec Eddy Malu, présenté comme un savant congolais. De la littérature au développement économique, en passant par la culture et l’éducation, la discussion a rapidement dépassé le cadre du livre.

La littérature congolaise fait sa rentrée. La cérémonie d’ouverture, organisée ce jeudi à Kinshasa, a été marquée par le vernissage de “Militariser l’agriculture”, le nouvel ouvrage de Didier Mumengi. Plusieurs personnalités des mondes politique, scientifique et culturel ont pris part à cette rencontre, avec le Congo-Brazzaville comme pays d’honneur.

C’est au milieu de cette effervescence littéraire que s’est nouée, presque par hasard, une conversation entre Willy Kalengay, du média Geopolis Forum, et Eddy Malu, présenté comme un savant congolais.

L’échange commence autour de la littérature et du dernier ouvrage de l’intellectuel congolais. Eddy Malu présente un livre consacré à “l’hellénisme à partir de l’égyptologie”, un travail de plus de 200 pages qui rassemble, selon lui, des questionnements et des pistes de réflexion.

Sa démarche se veut avant tout intellectuelle et critique.

« Tout ce que je fais sur terre, c’est de me poser des questions. Je veux voir le Congolais au débat contradictoire. »

Pour Eddy Malu, le livre doit ainsi provoquer la réflexion et encourager le lecteur à questionner son environnement. Il insiste également sur la maîtrise de la langue, qu’il considère comme un élément essentiel de la formation intellectuelle.

« Il y a une stylistique pour écrire », souligne-t-il, appelant à davantage de rigueur dans l’expression écrite et orale.

Penser le Congo à partir de ses propres ressources

De la littérature, la conversation glisse progressivement vers les grands défis du pays. Eddy Malu défend l’idée d’un Congo capable de s’appuyer davantage sur ses propres compétences et de transformer localement ses ressources.

Le secteur bancaire, l’agriculture, les coopératives ou encore la transformation des matières premières sont évoqués comme autant de leviers à développer.

Pour lui, les Congolais doivent pouvoir prendre une part plus importante dans la gestion et la création de richesses dans leur propre pays.

« Le Congolais doit venir servir le Congolais », affirme-t-il.

Cette réflexion s’étend notamment à l’agriculture et à la situation des femmes qui travaillent dans ce secteur. Eddy Malu plaide pour davantage de mécanismes permettant aux producteurs et aux communautés locales de tirer profit des ressources de leurs territoires.

La question de la transformation revient également avec insistance. Produire ne suffit pas, estime-t-il en substance : la RDC doit être en mesure de transformer ce qu’elle possède et de développer les capacités nécessaires pour créer davantage de valeur sur place.

« La culture de l’homme, c’est quand la tête est bien garnie »

Autre volet de l’échange : la culture et son rôle dans la construction de la société congolaise.

Eddy Malu se montre critique à l’égard d’une conception de la culture qui se limiterait à la musique, à la danse ou au divertissement.

« Danser, ce n’est pas ça », lance-t-il, avant de défendre une conception de la culture davantage liée au savoir et à la formation.

« La culture de l’homme, c’est quand la tête est bien garnie », insiste-t-il.

Dans cette vision, la culture devient un outil de transformation du citoyen. Elle doit permettre de développer l’esprit critique, le sens de la discipline et la recherche de l’excellence.

Le savant congolais estime ainsi que la musique et le sport, malgré leur capacité à contribuer au rayonnement du pays, ne peuvent constituer à eux seuls les fondations du développement national.

Une rencontre née de la littérature

Ce qui devait être un échange improvisé dans le cadre d’une fête consacrée au livre s’est finalement transformé en une discussion plus large sur le Congo et ses perspectives.

Pour Eddy Malu, le pays doit investir dans le savoir, la culture, la production et la transformation de ses ressources. Une réflexion qui rejoint, à sa manière, l’esprit de cette rentrée littéraire : faire du livre non seulement un objet culturel, mais également un point de départ pour interroger la société.

La rencontre entre Willy Kalengay et Eddy Malu aura ainsi permis de passer, en quelques échanges, du livre, au débat d’idées, puis du débat d’idées aux enjeux de développement de la République démocratique du Congo.

Une rencontre fortuite, mais révélatrice du pouvoir de la littérature : celui de provoquer des conversations qui dépassent les pages d’un ouvrage pour questionner l’avenir d’un pays.

Don Momat

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