Une tension diplomatique s’installe à nouveau entre la RDC et le Kénya. Kinshasa proteste contre la nomination vendredi 15 août d’un consul à Goma, ville occupée depuis fin janvier par les rebelles du M23/AFC. Samedi 16, la Ministre Congolaise des affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner s’est entretenue avec son homologue Kényan Musalia Mudavadi. Kayikwamba a fait part à Mudavadi de la position de la RDC concernant la proposition d’un Consul à Goma. Elle a insisté sur le respect des procédures diplomatiques établies.
Pour la RDC, « la désignation d’un chef de poste consulaire requiert l’accord préalable des autorités congolaises et la délivrance d’un exequatur par le Ministère des Affaires étrangères de la République Démocratique du Congo ». Un communiqué du ministère congolais des affaires étrangères note que « Kinshasa s’attend, à cet effet, à être saisie officiellement par Nairobi à travers les canaux diplomatiques établis, et y répondra exclusivement par ces mêmes canaux, conformément aux règles de courtoisie et de respect mutuel« .
Le président Kényan William Ruto a procédé à des nominations à des postes consulaires et des ambassades. Parmi ces nominations, celle de Judy Kiaria Nkumiri au poste de consul général à Goma. Dans un contexte de guerre que le président Kényan connait parfaitement, étant donné qu’il suit la situation en RDC, en tant que président en exercice de la communauté d’Afrique de l’Est, cette désignation est vue par Kinshasa comme une légitimation de l’administration parallèle installée à Goma. Les autorités Congolaises ne manquent pas de rappeler cela aux autorités Kényanes. « Dans ce contexte, toute annonce relative à la nomination d’un consul à Goma est particulièrement inappropriée et ne saurait être considérée sans l’aval des autorités congolaises. La RDC appelle par conséquent à la prudence et au discernement dans la communication publique, afin d’éviter toute incompréhension, spéculation ou apparence de légitimation de l’occupation illégale en cours », lit-on dans le communiqué du ministère des affaires étrangères.
La désignation par William Ruto d’un consul à Goma risque de raviver encore la tension entre le Kenya et la RDC. Les deux pays ont une relation émaillée de tension diplomatique depuis décembre 2023, lorsque Corneille Nangaa, avait annoncé, à partir de Nairobi, la naissance de son mouvement rebelle, l’AFC, en alliance avec le M23. À Kinshasa, plusieurs, dont les officiels, avaient vu dans le fait de laisser Nangaa annoncer la naissance d’un mouvement rebelle qui menaçait de renverser un gouvernement et un président légitime, comme un acte du Kenya contre la RDC. Mais Kinshasa et Nairobi avaient réussi à poser les bases d’une désescalade lorsque le président Ruto avait dépêché son premier ministre et ministre des affaires étrangères Musalia Mudavadi à Kinshasa avec un message d’apaisement.
Tout de même, l’accalmie ne fût que de courte durée, parce que, entre temps, lorsque, au détour d’une interview avec le magazine Jeune Afrique, le président Kényan avait tenté de disculper le président Rwandais Paul Kagame, de son soutien au M23, les officiels de Kinshasa étaient à nouveau blessés. Kinshasa était confortée dans sa conviction que William Ruto avait choisi son camp dans le conflit opposant la RDC au Rwanda. À la chute de Goma, fin janvier de cette année, l’ambassade de Kenya à avait été parmi les missions diplomatiques attaquées à Kinshasa.
À présent, avec la nomination d’un consul à Goma, certains congolais appellent la RDC à rompre des relations diplomatiques. « La réponse diplomatique de la RDC est faible par rapport à cette provocation délibérée de ce pays complice des tueries à l’Est de notre pays. Renvoyez l’ambassadeur du Kenya à Nairobi, fermez son ambassade et toutes les entreprises à capitaux Kényan en RDC », dit un internaute Congolais.
Depuis l’arrivée au pouvoir du président William Ruto en 2022, plusieurs brouilles se sont succédé entre Kinshasa et Nairobi. Les deux pays sont restés dans une sorte de ni paix ni guerre, après un moment de relation chaleureuse entre l’ancien président Uhuru Kenyatta et Félix Tshisekedi.
À Kinshasa, plusieurs se fondent sur les accusations de Righathi Gachagua, ancien vice-président du Kenya. Cet ancien second de Ruto, devenu opposant a publiquement accusé d’être lié au M23. « Il interfère dans ce qui se passe en RDC« , disait-il, avant d’ajouter : « je peux confirmer qu’il crée des problèmes en RDC à travers son implication avec le M23, à cause de ses intérêts économiques et commerciaux.«
Patrick Ilunga