Riz Bumba : Le gouvernement relance un symbole agricole pour renforcer la souveraineté alimentaire

Le gouvernement congolais a officiellement lancé, ce jeudi 16 juillet 2026, le projet « Riz Bumba, Loso na Biso » afin de relancer la production nationale de riz. Portée par le ministère de l’Économie nationale, avec l’appui du Fonds de régulation économique (FOREC) et mise en œuvre par la Société rizicole de Bumba (SRB S.A.U.), cette initiative ambitionne de réduire les importations, créer des emplois et redonner au « Riz Bumba » son statut de référence sur le marché national.

Au-delà d’un simple programme agricole, cette initiative s’inscrit dans une vision plus large de transformation économique. Elle ambitionne de structurer une véritable filière rizicole nationale capable de répondre aux besoins du marché intérieur tout en créant des emplois et des opportunités économiques pour les populations locales. L’enjeu est de taille pour la République démocratique du Congo, qui continue de consacrer d’importantes ressources financières à l’importation des produits alimentaires de base, notamment le riz.

Selon plusieurs analystes le choix de Bumba, dans la province de la Mongala, n’est pas le fruit du hasard. Cette région possède un riche passé agricole. Selon un rapport de la Banque mondiale, la région de l’Équateur, particulièrement la zone de Bumba, assurait à elle seule près de 60 % de l’approvisionnement en riz de Kinshasa dans les années 1980. Le « riz Bumba » s’était alors imposé comme une référence sur les marchés de la capitale grâce à sa qualité et à son abondance.

Cependant, plusieurs décennies de sous-investissement dans le secteur agricole, le déficit en infrastructures de transport et de transformation ainsi que la concurrence des produits importés ont progressivement entraîné le déclin de cette production locale. Conséquence : le riz importé occupe aujourd’hui une place prépondérante dans les habitudes de consommation des ménages congolais, tandis que le « riz Bumba » est devenu un souvenir pour de nombreux consommateurs.

Pour d’autres analystes À travers ce projet, le gouvernement entend inverser cette tendance en misant sur les atouts agricoles de la région. L’ambition est double : augmenter la production nationale tout en développant une chaîne de valeur complète autour du riz. Il ne s’agit donc pas uniquement de produire davantage, mais également d’améliorer les capacités de transformation, de stockage, de transport et de commercialisation afin de rendre le riz congolais plus compétitif face aux produits importés.

Pour les économistes Cette stratégie pourrait également constituer un levier important pour le développement local. La relance de la filière rizicole est susceptible de générer des milliers d’emplois directs et indirects, notamment dans la production agricole, la logistique et la transformation agroalimentaire. Elle pourrait, par ailleurs, contribuer à améliorer les revenus des producteurs locaux et à dynamiser l’économie des provinces agricoles.

Sur le plan macroéconomique, le projet « Riz Bumba, Loso na Biso » répond à un défi majeur : celui de la souveraineté alimentaire. Dans un contexte marqué par les fluctuations des prix internationaux et les perturbations des chaînes mondiales d’approvisionnement, renforcer la production nationale apparaît comme un impératif économique et stratégique. Réduire la facture des importations alimentaires permettrait non seulement d’alléger la pression sur les réserves en devises du pays, mais aussi de mieux protéger les consommateurs congolais contre les chocs extérieurs.

Toutefois, le succès de cette initiative dépendra de sa capacité à s’inscrire dans la durée. La mécanisation agricole, l’accès au financement pour les producteurs, l’amélioration des infrastructures et la mise en place d’un environnement favorable à l’investissement seront autant de facteurs déterminants. La renaissance du « riz Bumba » ne pourra être envisagée sans une politique cohérente d’accompagnement de l’ensemble des acteurs de la filière.

Plus qu’un projet agricole, « Riz Bumba, Loso na Biso » constitue ainsi un test grandeur nature de la politique de souveraineté alimentaire portée par les autorités congolaises. Son aboutissement pourrait marquer le retour d’un symbole du patrimoine agricole national et ouvrir la voie à une plus grande valorisation du « produire en RDC »

Daniella Kalala

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