Ebola en RDC : Comment le déplacement des populations complique la riposte

Alors que les autorités sanitaires de la République démocratique du Congo (RDC) s’efforcent de contenir la dernière épidémie d’Ebola dans le pays, l’un de leurs plus grands défis se situe au-delà de la maladie elle-même : le déplacement de millions de personnes causé par la guerre et les conflits.

La RDC compte environ sept millions de personnes déplacées à l’intérieur du pays, soit le deuxième chiffre le plus élevé au monde après le Soudan. Ces infortunés ont été contraints de fuir les violences à plusieurs reprises, se déplaçant entre villages, villes et camps de fortune à la recherche de sécurité. Si le déplacement est avant tout une tragédie humanitaire, les responsables de la santé avertissent qu’il complique également les efforts visant à suivre et à contenir la propagation d’Ebola.

Cette épidémie survient alors que la RDC a une nouvelle fois été classée parmi les crises humanitaires les plus négligées au monde. Selon le rapport annuel du Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC), le pays figure dans ce triste classement depuis dix années consécutives.

« Cela reflète l’incapacité du monde à répondre aux crises qui ne sont pas considérées comme stratégiquement importantes par les pays riches », a déclaré le secrétaire général du NRC, Jan Egeland.
Les conséquences humanitaires de cette négligence sont frappantes. En 2025, seulement 27,4 % des financements nécessaires pour répondre à la crise en RDC ont été mobilisés, soit le niveau le plus faible depuis dix ans. Plus de 21 millions de personnes dans le besoin ont été privées d’assistance ou n’ont reçu qu’un soutien fortement réduit.

Pour les agents de santé qui combattent Ebola, les conséquences deviennent de plus en plus évidentes. Selon le ministre de la Santé, Samuel Roger Kamba, le suivi des contacts s’est considérablement amélioré depuis le début de la dix-septième épidémie d’Ebola du pays. Il y a vingt jours, les équipes sanitaires ne surveillaient que 9 % des personnes ayant été en contact avec des patients infectés. Ce chiffre est désormais passé à 55 %, a indiqué le ministre.

Malgré ces progrès, près de la moitié des contacts suspects demeurent introuvables.
Le problème est étroitement lié aux déplacements de population. Les personnes fuyant les violences changent souvent de lieu à plusieurs reprises, ce qui rend difficile pour les équipes sanitaires de localiser et de surveiller celles qui ont pu être exposées au virus. D’autres vivent dans des sites surpeuplés où la maladie peut se propager plus facilement et où le suivi des contacts devient un véritable défi logistique.

Retrouver ces personnes est devenu une course contre la montre. « Il a été demandé aux populations de retourner dans leurs habitations plutôt que de rester regroupées dans des espaces surpeuplés, ce qui pourrait les exposer à l’infection », a déclaré Samuel Roger Kamba.
Les autorités sanitaires craignent que de nouveaux mouvements de population n’accélèrent la transmission de la maladie, particulièrement dans les zones touchées par les conflits où l’accès est déjà limité.
Le défi est particulièrement aigu dans l’est de la RDC, où l’insécurité continue d’entraver les opérations de santé publique. Selon le ministère de la Santé, les autorités tentent de surveiller environ 500 contacts d’Ebola dans des territoires échappant au contrôle du gouvernement, mais les responsables reconnaissent que le suivi reste difficile.

Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, a indiqué que les autorités locales de la province de l’Ituri ont adopté une approche communautaire afin de maintenir l’accès aux populations vulnérables.
« En Ituri, une stratégie locale consiste à dialoguer avec les groupes armés, dont la plupart des membres sont issus des communautés locales, afin de renforcer la riposte”, a-t-il déclaré.

Cependant, Kinshasa estime que les difficultés d’accès dans les zones contrôlées par la rébellion du M23 ne pourront être pleinement surmontées que si celle-ci se retire.
Patrick Muyaya et Samuel Roger Kamba ont tous deux affirmé que le retrait des troupes rwandaises des territoires occupés par le M23 faciliterait une réponse plus efficace à l’épidémie.

Les difficultés auxquelles sont confrontés les agents de santé illustrent le lien étroit entre conflit et maladie. Les organisations humanitaires alertent depuis longtemps sur le fait que les déplacements de population affaiblissent les systèmes de santé, perturbent les réseaux de surveillance et augmentent le risque de propagation silencieuse des épidémies.

Leur NRC souligne que des millions de Congolais continuent de vivre dans des conditions marquées par l’insécurité, la faim et un accès limité aux soins de santé. Selon les Nations unies, environ 25 millions de personnes en RDC souffrent d’insécurité alimentaire chronique.
« Derrière chaque statistique dans l’est de la RDC se trouvent des familles qui endurent des années de violence, de déplacements forcés et une profonde incertitude quant à leur avenir », a déclaré Eric Batonon.

Pour de nombreux observateurs, la résurgence d’Ebola a fait bien plus que déclencher une urgence sanitaire. Elle a également braqué les projecteurs sur une crise humanitaire trop souvent ignorée par la communauté internationale.

Cette nouvelle flambée a ravivé l’attention mondiale sur l’est du Congo, mais elle a aussi mis en évidence une réalité difficile : tant que les conflits continueront à chasser les populations de leurs foyers, contenir Ebola restera une tâche bien plus complexe.
En RDC, la lutte contre le virus est indissociable du défi consistant à protéger et à stabiliser les communautés déracinées par la guerre.

Patrick Ilunga

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