Alors que l’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo continue de progresser dans l’est de la République démocratique du Congo, les autorités sanitaires se montrent relativement optimistes quant à sa maîtrise. À Kinshasa, plusieurs responsables affirment qu’il est possible de vaincre l’épidémie avant 2027. Une confiance qui repose sur des données épidémiologiques, l’expérience acquise lors des précédentes flambées et le renforcement progressif de la riposte.
L’origine exacte de l’épidémie demeure toutefois incertaine. Selon plusieurs spécialistes, les premiers cas pourraient remonter à janvier 2026, soit plusieurs semaines avant la déclaration officielle de l’épidémie. Cette hypothèse s’appuie notamment sur l’analyse du nombre de décès enregistrés depuis l’annonce de la flambée.
L’ampleur réelle de la situation reste également difficile à mesurer. Dans une déclaration publiée durant la semaine du 26 mai, Médecins Sans Frontières (MSF) a souligné qu’aucune épidémie d’Ebola n’avait connu une telle explosion de cas dès ses premiers jours. L’organisation a également estimé que personne n’était encore en mesure d’évaluer précisément l’étendue de la propagation du virus.
Cependant, plusieurs zones d’ombre commencent à se dissiper. Depuis le week-end du 24 mai, les équipes de riposte ont réussi à analyser l’ensemble des échantillons qui étaient en attente à Bunia. Plus de 900 prélèvements ont ainsi été traités grâce aux équipements acheminés par l’Institut national de recherche biomédicale (INRB), à l’arrivée de plus de 2 000 tests supplémentaires et aux réactifs fournis par l’Organisation mondiale de la santé (OMS).
Au 30 mai, les autorités ne faisaient plus état d’un important stock de cas suspects non analysés. Le bilan faisait alors état de 282 cas confirmés. Les décès confirmés ont atteint le chiffre de 40.
Des prévisions différentes mais un même objectif
Le professeur Jean-Jacques Muyembe, directeur général de l’INRB et co-découvreur du virus Ebola, estime que l’épidémie pourrait être contenue dans un délai de deux à trois mois. Son analyse repose sur son expérience des précédentes flambées épidémiques survenues en RDC. Selon lui, les données actuellement disponibles, notamment le taux de mortalité observé et les résultats des analyses biologiques, indiquent que cette épidémie suit une dynamique comparable à celle des précédentes. La cartographie des foyers de transmission devient progressivement plus précise, même si elle n’est pas encore totalement stabilisée.
Pour atteindre cet objectif, le scientifique insiste néanmoins sur la nécessité de renforcer considérablement le suivi des personnes ayant été en contact avec les malades.
Le ministre de la Santé publique, Samuel Roger Kamba, se montre pour sa part plus prudent. Il estime que la maîtrise de l’épidémie pourrait nécessiter entre quatre et six mois.
Cette projection s’appuie sur l’expérience accumulée lors des seize précédentes épidémies d’Ebola enregistrées en RDC ainsi que sur les caractéristiques biologiques du virus, notamment sa période d’incubation. L’objectif immédiat consiste à empêcher toute extension de l’épidémie au-delà des trois provinces actuellement affectées.
Des défis majeurs persistent
Malgré les avancées enregistrées dans la riposte, plusieurs obstacles continuent de compliquer les efforts des autorités sanitaires.
Dans certaines zones touchées, les infrastructures restent insuffisantes. Les centres de transit et les centres de traitement répondant aux normes requises font encore défaut. Par ailleurs, de nombreuses familles refusent que des prélèvements soient effectués sur les corps des personnes décédées dans les morgues, limitant ainsi les capacités de surveillance épidémiologique.
Le suivi des contacts demeure également insuffisant dans plusieurs zones de santé, tandis que les systèmes d’alerte communautaire peinent encore à fonctionner efficacement. À cela s’ajoutent les nombreuses rumeurs et la circulation de prétendus remèdes traditionnels qui compliquent les opérations de sensibilisation.
MSF estimait encore le 29 mai que la réponse déployée n’était pas adaptée à la vitesse de propagation de l’épidémie. Deux jours plus tard, le ministre de la Santé défendait au contraire l’efficacité du dispositif mis en place, affirmant que les stocks stratégiques disposaient désormais de tout le matériel nécessaire, notamment des équipements de protection individuelle, des médicaments et des tests de diagnostic.
Une riposte qui se renforce sur le terrain
Les autorités mettent en avant plusieurs avancées concrètes enregistrées ces dernières semaines. Cinq tonnes de médicaments ont notamment été acheminées à Bunia afin de soutenir les structures de prise en charge.
Sur le plan logistique, 135 motos et 27 véhicules, dont quatre ambulances, ont été déployés au profit des différents piliers de la riposte afin d’améliorer la mobilité des équipes sur le terrain.
Concernant la vaccination, les recherches se poursuivent pour identifier les solutions les plus efficaces contre la souche Bundibugyo. Plusieurs combinaisons de vaccins candidats font actuellement l’objet d’études et d’essais cliniques.
Dans ce contexte, le directeur général d’Africa CDC, Jean Kaseya, séjourne actuellement en Corée du Sud pour suivre l’évolution des essais en cours. Il a notamment demandé que le professeur Jean-Jacques Muyembe soit associé à ces travaux scientifiques, compte tenu de son expertise reconnue dans la lutte contre Ebola.
Pour les autorités congolaises, l’ensemble de ces efforts renforce la possibilité de contrôler la flambée dans les prochains mois. Mais la réussite de cette stratégie dépendra largement de la capacité à améliorer le dépistage, le suivi des contacts et l’adhésion des communautés aux mesures sanitaires.
Géopolis Hebdo
