C’est une démonstration qui fera date.
Lundi 4 mai, des centaines de militants de l’UDPS et ses partenaires de l’Union sacrée (majorité présidentielle) ont battu le pavé du boulevard Triomphal jusqu’à l’ambassade des États-Unis pour saluer les sanctions américaines visant l’ancien président Joseph Kabila. Mais au-delà du soutien affiché à Washington, c’est désormais une exigence claire qui domine, à savoir l’arrestation de l’ancien chef de l’État.

Dans un contexte sécuritaire toujours tendu dans l’Est de la République démocratique du Congo, cette mobilisation se voulait autant un acte politique qu’un signal adressé à la communauté internationale. Pancartes et slogans à l’appui, les manifestants ont appelé à aller plus loin que les sanctions prises par les États-Unis via l’Office of Foreign Assets Control.
Le ton a été donné par le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, qui a durci la ligne du parti au pouvoir.
« Nous saluons les sanctions. Nous demandons au président américain Donald Trump d’obtenir l’arrestation de Joseph Kabila. Nous demandons aux États-Unis de lancer un mandat d’arrêt international contre lui », a-t-il déclaré devant une foule acquise à sa cause.
Cette prise de position marque une escalade politique notable. Là où les sanctions économiques étaient jusqu’ici perçues comme un levier diplomatique, l’UDPS et ses partenaires de l’Union sacrée entendent désormais les transformer en action judiciaire concrète. Une dynamique qui pourrait redessiner les équilibres politiques internes.
Du côté des organisations proches du pouvoir, la satisfaction est également palpable. L’Association des anciens collègues de Félix Tshisekedi (ACCF) salue à la fois la mobilisation populaire et ce qu’elle considère comme les fruits d’une diplomatie offensive.
« Nous sommes très contents de la réussite de la diplomatie agissante du président Félix Tshisekedi. Voilà pourquoi nous sommes venus accompagner le dépôt de ce mémo à l’ambassade des États-Unis », a déclaré son président, Léon Mwine.
La marche s’est achevée devant la représentation diplomatique américaine, point culminant d’une mobilisation à forte portée symbolique. Le dépôt d’un mémorandum y a scellé les revendications des manifestants, notamment l’appel à une coopération judiciaire internationale renforcée contre l’ancien chef de l’État.
Pour rappel, le 30 avril 2026, le Trésor américain, à travers l’Office of Foreign Assets Control, a annoncé des sanctions contre Joseph Kabila, l’accusant de liens présumés avec des groupes armés actifs dans l’Est du pays. Des accusations qui, si elles étaient suivies d’effets judiciaires, pourraient ouvrir une séquence politique et judiciaire inédite en RDC.
Les mesures prises par l’OFAC sont lourdes : gel des avoirs aux États-Unis, interdiction de toute transaction en dollars et menace de sanctions contre toute entité qui apporterait à Joseph Kabila un soutien financier. Officiellement, Washington assure vouloir « inciter au changement ». « Ceux qui continuent de semer l’instabilité devront répondre de leurs actes », a prévenu le secrétaire au Trésor, Scott Bessent.
À Kinshasa, la décision avait été accueillie avec satisfaction. Le gouvernement a vu dans ces sanctions « un pas important dans la lutte contre l’impunité » et un levier potentiel pour « freiner les soutiens aux groupes armés actifs dans l’Est ». Un discours qui fait écho aux appels de différentes personnalités de l’Union sacrée pour une mobilisation internationale accrue face à l’insécurité persistante.
L’ancien président, déjà affaibli par une condamnation à mort en RDC et la suspension de son parti, voit son isolement se renforcer. Les autorités américaines l’accusent notamment de soutien financier à l’AFC/ M23 et de tentative de déstabilisation dans l’Est du pays, en particulier contre les Forces armées de la République démocratique du Congo.
Didier Ilunga
