Guerre au Moyen-Orient : Le choc de l’acide sulfurique menace la production minière de la RDC

La guerre au Moyen-Orient provoque une onde de choc jusque dans les mines congolaises. En République démocratique du Congo (RDC), premier producteur mondial de cobalt, la chaîne d’approvisionnement en acide sulfurique – intrant clé du traitement des minerais – est gravement perturbée. Résultat : la production de cuivre et de cobalt pourrait fortement reculer cette année.

Selon une analyse de Goldman Sachs, relayée par Jeune Afrique, le pays pourrait être contraint de réduire sa production de cobalt d’environ 125 000 tonnes en 2026 si les perturbations actuelles persistent. Une projection qui alerte les marchés, alors que la RDC joue un rôle stratégique dans l’approvisionnement mondial en minerais critiques.

Le problème trouve sa source dans la décision de la Chine de suspendre ses exportations d’acide sulfurique début mai. Premier producteur mondial, avec près de 45 % de l’offre globale, Pékin privilégie désormais sa demande intérieure dans un contexte de tensions géopolitiques accrues liées au conflit au Moyen-Orient.

Or, l’acide sulfurique est indispensable au procédé de lixiviation utilisé pour extraire le cuivre des minerais oxydés. À l’échelle mondiale, près de 20 % de la production de cuivre dépend de cette technique. La situation est d’autant plus critique que les flux maritimes de soufre – matière première essentielle à la fabrication de l’acide – sont fortement perturbés, notamment dans le stratégique détroit d’Ormuz, par où transite une part importante du commerce mondial.

Conséquence directe : les marchés s’enflamment. Depuis fin février, le prix de l’acide sulfurique a bondi de 50 à 100 % sur les marchés internationaux. D’autres intrants, comme le métabisulfite de sodium, ont vu leur coût grimper de près de 70 %. Dans le même temps, les importations mondiales reculent nettement. Au premier trimestre 2026, les volumes de soufre sont tombés à environ 368 500 tonnes, contre 414 000 un an plus tôt. La chute est encore plus brutale pour l’acide sulfurique, dont les importations ont été divisées par près de quatre.

Dans ce contexte tendu, la RDC cumule les vulnérabilités. Aux contraintes d’approvisionnement s’ajoutent les quotas d’exportation instaurés par Kinshasa, qui compliquent davantage la dynamique du secteur. Pourtant, les cours du cuivre restent élevés, autour de 12 300 dollars la tonne, preuve d’une demande mondiale toujours soutenue.
Mais au cœur de cette crise, une opportunité émerge. Le complexe minier de Kamoa-Kakula, opéré notamment par Ivanhoe Mines, pourrait tirer parti de la situation. Sa nouvelle fonderie, implantée dans la province du Lualaba, a déjà produit en moyenne 1 350 tonnes d’acide sulfurique par jour au début de l’année 2026. Cela représente une production annualisée d’environ 480 000 tonnes, avec un potentiel de montée en puissance jusqu’à 700 000 tonnes par an.

Une capacité qui pourrait atténuer partiellement les tensions d’approvisionnement locales, voire repositionner la RDC comme un acteur plus intégré dans la chaîne de valeur minière.

Reste que l’équation demeure fragile. Entre dépendance aux intrants importés, tensions géopolitiques et arbitrages industriels, le secteur minier congolais navigue à vue. Et dans cette tempête globale, le cobalt congolais – pilier de la transition énergétique mondiale – se retrouve plus que jamais exposé aux chocs extérieurs.

Géopolis Hebdo

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