La RDC et le Rwanda se préparent à une nouvelle bataille diplomatique dans les institutions internationales. Le gouvernement Congolais a annoncé il y a plus d’une semaine son intention de positionner son candidat au poste de secrétaire général de l’organisation internationale de la Francophonie (OIF). Kinshasa veut “assumer pleinement son leadership au sein de la Francophonie”, ainsi, “la République démocratique du Congo présentera un candidat au poste de Secrétaire Général de l’Organisation internationale de la Francophonie”, lit-on dans le compte-rendu du Conseil des ministres du gouvernement Congolais. “La stratégie diplomatique” vise à permettre à Kinshasa à la fois de peser dans cette organisation, mais également d’y concurrencer le Rwanda dont l’ancienne ministre des affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, est candidate à sa propre succession au poste de secrétaire général de l’organisation internationale de la Francophonie.
L’échéance pour déposer les candidatures est fixée au 15 juin 2026. L’élection devra intervenir en novembre de cette année. La RDC n’a pas encore dévoilé le nom de celui qui va concourir face à Mushikiwabo, mais tout est clair, la confrontation aura lieu. Finie donc l’époque où la RDC Congo songeait de quitter l’organisation internationale de la Francophonie. Entre les années 2022 et 2025, plusieurs personnalités politiques et de la société civile en RDC ont appelée le gouvernement congolais à retirer le pays de l’OIF, arguant que cette organisation “est dirigée par le Rwanda”.
” Le Rwanda qui dirige cette institution est un pays anglophone. Il fait aussi parti des pays membres du Commonwealth. Nous faisons quoi dans la Francophonie ? Nous allons tirer quels dividendes politiques ou diplomatiques ? Rien du tout », déclarait avec véhémence le député Justin Bitakwira.
« Il faut quitter la Francophonie. Elle ne nous sert à rien », renchérissait Emmanuel Ilunga, ancien ministre des Congolais de l’étranger.
Bestine Kazadi, alors représentante du président de la République Félix Tshisekedi près l’OIF, rétorquait
qu’il appartient à “la RDC de prendre conscience de sa position stratégique d’un point de vue géopolitique mais aussi de comprendre que les atouts majeurs qu’elle possède peuvent faire d’elle, un leader sur la scène francophone”. Kazadi citait alors Abdou Diouf, ancien secrétaire général de l’OIF qui avait déclaré en 2012, lors du sommet de l’OIF tenue à Kinshasa : “L’avenir de la Francophonie se trouve en Afrique, elle recèlerait 85% des 750 millions de francophones en 2050. Nous pouvons dire que nous le devrons pour une grande part à la Francophonie congolaise”. La population Congolaise est estimée à plus de 100 millions d’habitants.
La stratégie de boycott
La RDC a choisi donc de rester au sein de l’OIF, le Rwanda aussi. Mais le conflit militaire et politique entre ces deux pays se joue diplomatiquement dans cette organisation de 90 membres, disséminés à travers 5 continents. En 2022 lors du sommet des Chefs d’État et de Gouvernement de l’OIF tenu à Djerba, en Tunisie, les 19 et 20 novembre, la délégation congolaise, conduite par le Premier Ministre d’alors Sama Lukonde avait déploré, d’une part, “le peu d’engagement de l’espace francophone face au conflit l’opposant au Rwanda, autre membre de l’OIF et d’autre part, le non-respect du principe de neutralité de la Secrétaire Générale de l’OIF, Ministre honoraire des Affaires Étrangères du Rwanda”. Pour marquer son geste diplomatique, Sama Lukonde avait boycotté “la photo de famille” pour ne pas poser aux côtés de la secrétaire général de l’OIF Louise Mushikiwabo.
En 2024, Mushikiwabo n’était pas venue à Kinshasa pour les neuvièmes jeux de la Francophonie. Les jeux de Kinshasa s’étaient ouverts et refermés sans la secrétaire général de l’OIF.
Bien au-delà de l’OIF, le conflit entre le Rwanda et la RDC s’est invité dans d’autres organisations internationales. En juin 2025, le Rwanda s’est retiré de la communauté économique des Etats d’Afrique centrale, protestant et dénonçant “l’incapacité de cette organisation d’appliquer ses propres règles”. Le 7 juin 2025 la conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEEAC avait prolongé d’une année supplémentaire le mandat du président équato-guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, à la tête de l’organisation. Le Rwanda s’était donc retiré de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (CEEAC), dénonçant une « dérive » de cette organisation en faveur de la République démocratique du Congo (RDC), sur fond de conflit dans l’est de ce pays.
En novembre 2025, alors qu’il était invité, selon les officiels de la RDC, le Rwanda n’a pas pris part au sommet de la Conférence internationale sur la région des grands Lacs ( CIRGL) tenu à Kinshasa.
Le bras de fer
Il y a donc un bras de fer qui risque de se poursuivre cette année encore, alors que le Rwanda et la RDC ont signé un accord de paix en juin 2025 à Washington. Les présidents Paul Kagame et Félix Tshisekedi se sont rencontrés à Washington, dans une ambiance glaciale, devant leur homologue américain Donald Trump, en début décembre 2025, pour entériner l’accord de paix qui a été signé en juin. Parallèlement, à Doha au Qatar, la RDC poursuit ses pourparlers avec l’AFC/M23, groupe armé qui bénéficie du soutien du Rwanda, selon plusieurs rapports internationaux.
Le conflit entre les deux pays est donc dans un cycle interminable qui se prolonge même au niveau judiciaire. La RDC est en procès contre le Rwanda au sein de la cour de justice d’Afrique de l’Est établie à Arusha. Dans la même ville Tanzanienne, la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples arbitre une affaire entre Kinshasa et Kigali. La RDC avait accusé son voisin pour violation des droits de l’homme, violation des frontières et massacre dans la province du Nord-Kivu depuis 2022.
Pourtant les deux pays, dans le cadre du processus de paix de Washington, siègent ensemble au sein du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu. Le lancement de cette structure avait eu lieu à Goma ( Est de la RDC) en novembre 2024. Le ministre des affaires étrangères du Rwanda avait fait le déplacement dans cette ville de la RDC, mais l’espoir d’une entente n’était que de courte durée.
Depuis, les délégations des deux pays se réunissent, au forceps sur le sol américain, sous l’égide des États-Unis d’Amérique. Entre les moments de détente, la tension persiste. Cette tension a fait naître une césure à la communauté d’Afrique de l’Est où plusieurs en RDC estiment que Kinshasa est quelque peu marginalisé en faveur du Rwanda.
Patrick Ilunga
