LA GÉCAMINES, LA SOKIMO ET LA CONCESSION MINIÈRE DE RUBAYA : Triptyque stratégique de l’industrialisation minière et technologique de la RDC dans les chaînes de valeur mondiales (Tribune, Alain Lubamba Wa Lubamba)

Alain Lubamba wa Lubamba est un homme d’État congolais et un expert senior reconnu, dont le parcours conjugue plus de vingt années d’expérience au sommet de l’action publique, de la gouvernance économique et de la diplomatie internationale. Ancien Vice-Ministre honoraire du Budget et Vice-Ministre honoraire des Affaires étrangères, il a été directement associé à la conduite de réformes stratégiques touchant aux finances publiques, à la souveraineté économique et à la projection internationale de la République démocratique du Congo.

Ancien Député national et Vice-président de la Commission des Relations extérieures, il a évolué au cœur des mécanismes décisionnels où se croisent enjeux géopolitiques, sécurité régionale et intérêts stratégiques de l’État congolais.

Spécialiste des politiques publiques appliquées aux ressources naturelles et aux chaînes de valeur mondiales, Alain Lubamba wa Lubamba a également présidé le Conseil d’Administration du Centre d’Expertise, d’Évaluation et de Certification des substances minérales précieuses et semi-précieuses, institution clé de la gouvernance minière et de la crédibilité internationale des minerais congolais. Cette responsabilité lui a permis d’articuler, de manière opérationnelle, les impératifs de traçabilité, de souveraineté étatique et d’intégration aux standards internationaux.

Sur le plan international, il a exercé les fonctions de Représentant et Chef de bureau de liaison d’organisations internationales actives dans des domaines stratégiques sensibles, notamment le déminage humanitaire, la non-prolifération nucléaire et le désarmement, consolidant une expertise transversale à l’interface entre sécurité globale, développement et coopération multilatérale. Titulaire d’un Doctorat Honoris Causa en diplomatie économique et auteur de publications analytiques de référence, il s’impose aujourd’hui comme une voix autorisée sur les questions de transformation industrielle, de diplomatie économique et de souveraineté géoéconomique.

La tribune qu’il propose s’inscrit dans cette trajectoire intellectuelle et institutionnelle : une réflexion de fond, nourrie par l’expérience de l’État et par une lecture stratégique des équilibres mondiaux, visant à repositionner durablement la RDC non comme simple fournisseur de minerais, mais comme acteur industriel, technologique et géoéconomique de premier plan dans les chaînes de valeur mondiales.

Ci-dessous, l’intégralité de la tribune

LA GÉCAMINES, LA SOKIMO ET LA CONCESSION MINIÈRE DE RUBAYA :

Triptyque stratégique de l’industrialisation minière et technologique de la RDC dans les chaînes de valeur mondiales

La transition énergétique mondiale, la recomposition géoéconomique des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques et la relocalisation sélective des industries stratégiques placent la République Démocratique du Congo (RDC) au cœur des équilibres industriels mondiaux. Dotée de ressources minérales essentielles (cuivre, cobalt, lithium, manganèse, coltan, étain, tungstène, germanium), la RDC dispose d’un avantage comparatif majeur désormais reconnu au plus haut niveau des partenariats internationaux.

Conformément à la vision stratégique du Président de la République, Félix Antoine TSHISEKEDI TSHILOMBO, la transformation locale des minerais n’est plus une option ni une revendication politique. Elle est désormais acquise et consacrée dans l’accord RDC–USA. Le débat stratégique s’est déplacé.

Il ne porte plus sur le principe de la transformation locale, mais sur sa traduction industrielle effective.

Cette vision s’inscrit dans une logique de planification stratégique, de responsabilité étatique et de projection à long terme, conforme aux principes contemporains de la diplomatie économique.

Comme le soulignent Robert D. Blackwill et Jennifer M. Harris, références en matière de diplomatie économique,

« la puissance économique d’un État ne réside plus seulement dans ses ressources, mais dans sa capacité à structurer, sécuriser et contrôler sa position dans les chaînes de valeur mondiales ».

Cette approche trouve un prolongement naturel dans l’analyse de Pascal Lamy, ancien Directeur Général de l’Organisation Mondiale du Commerce, pour qui

« la diplomatie économique consiste moins à exporter des produits qu’à s’insérer durablement dans les chaînes de valeur où se crée la richesse ».

Ces deux principes éclairent l’ambition stratégique de la RDC : transformer son avantage géologique en puissance industrielle, technologique et géoéconomique durable, en se positionnant non plus à la périphérie, mais au cœur des chaînes de valeur et des écosystèmes d’innovation.

L’ENJEU OPÉRATIONNEL : DES ZONES ÉCONOMIQUES SPÉCIALES FONCTIONNELLES

L’enjeu central est désormais opérationnel : préparer, sécuriser et rendre pleinement fonctionnelles des Zones Économiques Spéciales (ZES) répondant aux standards internationaux, capables d’accueillir :

– des usines de raffinage,

– des unités de transformation primaire et intermédiaire,

– des laboratoires technologiques,

– et, à terme, des industries de matériaux et de composants stratégiques indispensables aux chaînes de valeur américaines et alliées.

UN TRIPTYQUE PUBLIC STRATÉGIQUE DIFFÉRENCIÉ ET COMPLÉMENTAIRE

Dans cette trajectoire, la GÉCAMINES, la SOKIMO et la Concession minière de RUBAYA ne sont ni substituables ni équivalentes. Elles constituent des actifs publics différenciés mais complémentaires, formant un triptyque stratégique national au cœur de l’industrialisation minière et technologique de la RDC.

GÉCAMINES : Pilier industriel de la transition énergétique

Production stratégique : cuivre et cobalt pour la transition énergétique mondiale.

Montée en gamme industrielle : potentiel élevé vers matériaux actifs, cathodes et composants de batteries ; facilitation des joint-ventures et co-investissements technologiques.

Volume et stabilité : pilier industriel immédiat de l’accord RDC–USA, garant de l’approvisionnement fiable.

La GÉCAMINES constitue le moteur industriel lourd et structurant de la transformation locale des minerais en RDC.

SOKIMO : Trois piliers stratégiques

1. Souveraineté nationale : structuration industrielle et modernisation de l’exploitation aurifère à l’Est du pays.

2. Finance et stabilité monétaire : valorisation de l’or pour la stabilisation des monnaies fiduciaires et des CBDC ; diversification des actifs de réserve comme filet de sécurité face aux chocs économiques et monétaires.

3. Intégration régionale : renforcement de la gouvernance territoriale, facilitation des partenariats industriels et co-investissements dans les ZES.

La SOKIMO est un levier stratégique multifonctionnel liant souveraineté, finance publique et développement industriel régional.

La Concession minière de RUBAYA : Clé technologique et géoéconomique mondiale

1. Minerais de haute technologie : coltan, étain et tungstène pour l’électronique avancée, les semi-conducteurs et les industries de défense.

2. Montée en gamme industrielle : potentiel très élevé vers poudres technologiques, alliages et matériaux électroniques.

3. Géoéconomie et gouvernance : actif non substituable, nécessitant une gouvernance renforcée et des partenariats hautement régulés.

La Concession minière de RUBAYA constitue un levier géoéconomique et technologique majeur pour la souveraineté industrielle de la RDC.

COMPLÉMENTARITÉ STRUCTURELLE ET HIÉRARCHIE STRATÉGIQUE

L’analyse comparative met en évidence une complémentarité claire :

■ GÉCAMINES : moteur industriel lourd et volumes structurants ;

■ SOKIMO : levier de souveraineté, de finance stratégique et de cohésion territoriale ;

■ RUBAYA : clé technologique mondiale à très forte valeur stratégique.

Ensemble, elles forment un triptyque public stratégique.

Cette hiérarchie se reflète dans l’accord RDC–USA :

■ GÉCAMINES comme pilier industriel immédiat ;

■ RUBAYA comme actif critique à sécuriser et structurer en priorité ;

■ SOKIMO comme levier d’intégration stratégique progressive.

ZONES ÉCONOMIQUES SPÉCIALES : NOEUD OPÉRATIONNEL

Les ZES constituent le maillon décisif de la réussite :

– sécurisation juridique et fiabilité énergétique ; connectivité logistique ;

– conformité aux standards ESG, OCDE et internationaux ;

– guichet unique administratif.

Avec des ZES crédibles et opérationnelles, la RDC devient une plateforme industrielle incontournable pour les industries de minerais critiques.

ALIGNEMENT AVEC LE PLAN NATIONAL D’INDUSTRIALISATION ET LA VISION RDC 2030–2040

La stratégie GÉCAMINES–SOKIMO–RUBAYA contribue à :

-la diversification productive ;

– la création d’emplois industriels qualifiés ;

– la montée en gamme technologique ;

– la réduction structurelle de la dépendance aux exportations brutes.

HORIZONS STRATÉGIQUES POUR LA RDC

2030 : transformation locale crédible et intégration dans les chaînes de valeur mondiales.

2040 : souveraineté industrielle intermédiaire et participation active aux industries d’innovation.

CONCLUSION

La transformation locale des minerais congolais est désormais un acquis politique et stratégique. Le défi est désormais industriel, institutionnel et opérationnel.

La réussite dépendra de la capacité de l’État à :

– faire de la GÉCAMINES, de la SOKIMO et de RUBAYA les bras industriels différenciés mais coordonnés de sa politique minière ;

– faire des ZES des plateformes industrielles conformes aux standards internationaux.

C’est à ce prix que la RDC passera durablement du statut de fournisseur de minerais à celui d’acteur industriel stratégique de l’économie mondiale.

Alain LUBAMBA wa LUBAMBA

Expert Senior en Gouvernance Publique

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