La province du Lualaba, poumon minier de la République démocratique du Congo, est de nouveau au centre d’une vive controverse sur la gouvernance provinciale. En cause : la gestion des ressources minières, la rétrocession financière aux Entités territoriales décentralisées (ETD) et une série d’alertes documentées qui interrogent directement l’action de l’exécutif dirigé par la gouverneure Fifi Masuka. Loin de simples polémiques politiques, ces interrogations reposent sur des communiqués d’organisations de la société civile, des correspondances administratives internes et des prises de position officielles de responsables provinciaux, dessinant un malaise structurel autour de la gestion des finances et du secteur minier.
L’ONG ONG ADID a ainsi publiquement dénoncé l’absence persistante de rétrocession provinciale aux ETD depuis l’instauration effective de la décentralisation, estimant cette situation contraire à la Constitution et aux lois encadrant les ETD et les finances publiques. Selon cette organisation, ce blocage financier a des conséquences concrètes et mesurables sur le terrain, notamment la dégradation des services sociaux de base, l’affaiblissement du fonctionnement des administrations locales et une montée des frustrations sociales dans plusieurs territoires du Lualaba.
Ces dénonciations ont trouvé un écho inattendu au sein même du gouvernement provincial lorsqu’une correspondance officielle datée du 23 juin 2025, émanant du ministre provincial des Finances Achille Mouteteké, a fait état d’une baisse qualifiée d’alarmante des recettes issues de l’exploitation minière artisanale et semi-industrielle, chiffrant le manque à gagner annuel à environ 339 milliards de francs congolais, soit près de 151 millions de dollars américains, au détriment des caisses provinciales.
La question de la destination réelle de cette manne financière demeure au cœur des interrogations. Une note technique du SAEMAP datée du 20 août 2025, adressée à l’autorité provinciale, évoque l’existence de 386 dépôts miniers échappant aux mécanismes de traçabilité, constituant un fait administratif documenté qui met en lumière des failles dans le système de contrôle du secteur minier artisanal et semi-industriel.
Plusieurs sources concordantes issues de la société civile et de l’administration provinciale estiment que ces dysfonctionnements profiteraient à des réseaux d’intérêts opérant à proximité du pouvoir provincial.
À ce stade, aucune décision judiciaire n’est venue établir des responsabilités individuelles, et les autorités concernées n’ont pas publiquement confirmé ou infirmé ces allégations, qui relèvent du débat public et administratif.
À ces éléments s’ajoutent des données vérifiables du Registre du Commerce et du Crédit Mobilier attestant de l’existence légale et de la structuration de la Société de Péage du Lualaba. Ces documents officiels établissent des liens économiques formels entre certains acteurs du secteur, sans toutefois démontrer l’existence d’infractions, mais ils alimentent les interrogations sur de possibles conflits d’intérêts dans un contexte de gouvernance contestée.
Sur le plan politique, ces tensions se sont aggravées avec la prise de position officielle de la fédération provinciale de l’UDPS/Tshisekedi, qui accuse la gouverneure de pratiques discriminatoires dans la gestion des autorités locales et de résistance à l’exécution d’un arrêté du Vice-Premier ministre de l’Intérieur, présenté comme pris sur instruction du Chef de l’État Félix Tshisekedi, une situation qui, si elle était avérée, poserait un problème sérieux de respect de la hiérarchie administrative et de l’État de droit.
Pris isolément, chacun de ces éléments pourrait relever d’un débat administratif ou politique classique ; considérés dans leur ensemble, ils dessinent un faisceau cohérent de dysfonctionnements financiers, de manque de transparence et de tensions institutionnelles qui engagent directement la responsabilité politique de l’exécutif provincial.
En l’absence de toute décision judiciaire définitive, la présomption d’innocence demeure, mais la convergence des documents officiels, leur origine institutionnelle et la gravité des montants évoqués rendent désormais incontournable une clarification publique et un audit indépendant de la gestion minière et financière, afin que la vérité des chiffres et des pratiques soit établie dans l’intérêt des populations du Lualaba.
Don Momat
