Kinshasa étouffe. Chaque jour, la capitale congolaise absorbe des centaines de milliers de déplacements supplémentaires dans un espace urbain dont les infrastructures n’ont ni suivi la croissance démographique ni anticipé l’explosion du parc automobile et du transport informel. Embouteillages chroniques, anarchie routière, accidents à répétition, pertes économiques massives : la question de la mobilité n’est plus un simple problème de confort, mais un enjeu de sécurité publique et de gouvernance urbaine.

C’est dans ce contexte de saturation extrême que le gouverneur Daniel Bumba a pris une série de mesures visant à réguler la circulation et réorganiser la mobilité dans la ville-province de Kinshasa. Ces décisions, bien que controversées, répondent à une nécessité objective : remettre un minimum d’ordre dans un système devenu chaotique.
D’un point de vue strictement institutionnel, l’autorité urbaine ne pouvait plus rester spectatrice d’une situation où le désordre routier favorise l’insécurité, entrave l’activité économique, retarde les services d’urgence et alimente une économie de la débrouille souvent incontrôlée. Réguler la mobilité, c’est aussi protéger les vies humaines, fluidifier les échanges et restaurer l’autorité de l’État sur l’espace public.
Cependant, reconnaître la nécessité de ces mesures ne signifie pas ignorer leurs effets collatéraux, parfois lourds pour les populations. À Kinshasa, la mobilité est intimement liée à la survie quotidienne. Chaque restriction, chaque réorganisation brusque, impacte directement les travailleurs informels, les petits commerçants, les chauffeurs de transports en commun et les ménages déjà fragilisés par le coût de la vie.
L’un des principaux griefs exprimés par les citoyens concerne le caractère abrupt de certaines décisions, leur mise en œuvre parfois sans pédagogie suffisante ni phase transitoire adaptée. Là où l’État voit une réforme nécessaire, le citoyen perçoit souvent une contrainte supplémentaire, voire une sanction déguisée.
Il existe également un risque social réel : celui d’accentuer les inégalités d’accès à la ville. Lorsque la régulation n’est pas accompagnée d’alternatives crédibles — transport public structuré, voies dédiées fonctionnelles, information claire — les plus vulnérables sont les premiers pénalisés.
Le défi pour le gouverneur Daniel Bumba n’est donc pas seulement d’imposer l’ordre, mais de construire l’adhésion. Une politique de mobilité ne peut réussir durablement que si elle est expliquée, comprise et progressivement appropriée par les usagers. Cela suppose un effort de communication continue, une écoute des remontées du terrain et des ajustements pragmatiques.
En définitive, les mesures prises à Kinshasa s’inscrivent dans une logique de gestion de l’urgence urbaine. Elles ne sont ni parfaites ni indolores. Mais l’inaction aurait été plus coûteuse encore. L’enjeu désormais est d’améliorer leur mise en œuvre, de corriger leurs excès et d’inscrire cette réforme dans une vision plus large de modernisation de la capitale, où mobilité rime avec dignité, sécurité et équité.
WAK
