Le mouvement rebelle AFC/M23 a annoncé mercredi, 17 décembre 2025 le retrait de ses troupes de la ville d’Uvira, dans la province du Sud-Kivu. Présentée par ses dirigeants comme un geste d’apaisement après la prise de la cité début décembre, cette annonce intervient dans un climat de forte méfiance. Entre déclarations officielles, rumeurs persistantes sur le terrain et une situation humanitaire préoccupante, le scepticisme reste de mise.
Un retrait annoncé… mais controversé
En effet, dans ce communiqué publié mercredi, les responsables du M23 avaient affirmé avoir entamé le retrait de leurs éléments d’Uvira, un processus censé s’achever « au plus tard jeudi ». Le mouvement soutient vouloir favoriser une désescalade militaire, dans un contexte de pressions diplomatiques accrues, notamment à la suite de l’accord de Washington et des démarches internationales en cours.
Cependant, sur le terrain, plusieurs sources locales font état d’un retrait jugé partiel. Des habitants et des journalistes évoquent la présence présumée de combattants du M23 mêlés à la population civile ou redéployés dans des zones périphériques. Ces informations, difficiles à vérifier de manière indépendante, nourrissent les doutes quant à une réelle démobilisation.
Kinshasa prudent, Kigali se justifie
Réagissant à l’annonce du M23, le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a appelé à la plus grande vigilance. “Le gouvernement prend acte des déclarations du M23, mais seule une vérification indépendante et un retrait effectif, complet et irréversible pourront être considérés comme crédibles”, a-t-il déclaré, soulignant la nécessité d’éviter tout vide sécuritaire à Uvira.
Du côté rwandais, le ministre des Affaires étrangères Olivier Nduhungirehe a réaffirmé, lors d’un entretien accordé à des médias internationaux notamment France24, la position de Kigali. “Le Rwanda soutient toutes les initiatives visant à la désescalade et au respect des engagements pris dans les cadres régionaux et internationaux. La priorité doit rester la stabilité et la protection des civils”.
Affrontements signalés malgré l’annonce
Malgré l’annonce du retrait, des affrontements sporadiques ont été signalés dans certaines zones autour d’Uvira, opposant des éléments du M23 aux forces armées congolaises. Ces incidents renforcent les interrogations sur la synchronisation entre discours politiques et réalités opérationnelles sur le terrain.
Crise humanitaire, l’alarme burundais
Sur le plan humanitaire, la situation demeure critique. Les autorités burundaises, citées par plusieurs médias dont Election-net.com, indiquent avoir accueilli plus de 40 000 réfugiés congolais ayant fui les combats dans le Sud-Kivu au cours des dernières semaines. Un responsable burundais du ministère de l’Intérieur a déclaré ce qui suit :
“L’afflux est massif et continu. Nous faisons face à des besoins urgents en abris, nourriture, soins médicaux et protection, en particulier pour les femmes et les enfants.” A ce sujet, les agences humanitaires estiment par ailleurs que plus de 500 000 personnes seraient déplacées à l’intérieur de la région, conséquence directe des affrontements armés et de l’insécurité persistante.
Diplomatie régionale : vers un sommet en Ouganda ?
Face aux risques d’embrasement régional, des initiatives diplomatiques se multiplient. Des sources diplomatiques évoquent la possibilité d’un sommet régional en Ouganda, destiné à compléter les rencontres bilatérales déjà engagées entre le Rwanda et le Burundi, et éventuellement la RDC. D’après les analystes, ce cadre pourrait s’inscrire dans le prolongement de l’accord de Washington signé le 27 juin 2025 entre la République démocratique du Congo et le Rwanda sous l’égide des États-Unis tout en faisant écho aux pourparlers de Doha entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23 visant à explorer des mécanismes de garanties sécuritaires et de désescalade durable.
Un tournant ou une manœuvre tactique ?
Plusieurs questions restent sans réponse : où se replient réellement les combattants du M23 ? qui assurera la sécurité des civils après leur départ annoncé ? et les engagements diplomatiques suffiront-ils à stabiliser durablement Uvira et ses environs ?
Les prochains jours seront décisifs pour déterminer si ce retrait constitue un véritable tournant vers la paix ou une simple réorganisation stratégique des forces en présence.
José-Junior OWAWA
