Guerre en RDC / La région en alerte : Le Conseil de sécurité dépassé

Au moment où la situation sécuritaire en RDC se dégrade à nouveau à la suite des combats quotidiens qui ont vu une dizaine de villages, dont la cité d’Uvira passer sous le contrôle du M23, le domaine diplomatique se surchauffe lui aussi entre les acteurs des pays concernés. Vendredi lors d’une réunion du Conseil de sécurité, les jeux des accusations ont été virulents.

 Jean – Pierre Lacroix, secrétaire général adjoint de l’ONU, a mis en garde contre le fait que « ces derniers jours, la nouvelle offensive lancée par l’AFC/M23 dans le Sud-Kivu a réveillé le spectre d’un embrasement régional aux conséquences incalculables ».

Les affrontements redevenus intenses de manière quasi-simultanée avec la signature à Washington, le 4 décembre de l’accord de paix RDC – RWANDA, sous l’égide du président américain Donald Trump, mettent en péril les engagements de paix.

Cette éventualité suscite une réaction véhémente de Mike Watz, représentant des États-Unis aux nations unies. Watz a affirmé que le Rwanda a maintenu en RDC, début décembre, la présence d’environ “5000 et 7000 soldats”, aidant le M23 à gagner du terrain.

“Ces derniers mois, le Rwanda a déployé plusieurs missiles sol-air et d’autres armes lourdes et sophistiquées dans le Nord et le Sud-Kivu pour aider le M23 dans son conflit contre la RDC.

Le Rwanda et le M23 ont commencé leur offensive juste ce week-end dernier pour prendre Uvira, avec des forces rwandaises colocalisées avec le M23 le long des lignes de front”.

Il ajoute encore : “Aujourd’hui, je veux partager avec vous quelques informations supplémentaires sur la portée et la sophistication de l’implication du Rwanda dans l’est de la RDC”.

“Nous avons des rapports crédibles sur l’utilisation accrue de drones suicides, une utilisation accrue d’artillerie par le M23 et le Rwanda, y compris des frappes au Burundi. Donc, plutôt qu’une marche vers la paix, comme nous l’avons vu sous la direction du président Trump, ces dernières semaines, le Rwanda conduit la région vers une instabilité et une guerre accrues”, a indiqué Mike Watz.

Le secrétaire d’État américain Marco Rubio rajoute une couche : “les actions du Rwanda dans l’est de la RDC constituent une violation flagrante des accords de Washington signés par le président Trump, et les États-Unis prendront des mesures pour garantir que les promesses faites au président soient tenues”.

À sa suite de ces informations touchant aussi le Burundi, le représentant de ce pays rétorque et menace : « Nous prenons très au sérieux le message des bombes envoyées à partir du Rwanda, le 4 décembre dernier », a-t-il dit, assurant que le Burundi ne resterait pas les bras croisés face de telles provocations.

Voilà la région en alerte, moins de dix jours après avoir rêvé d’une paix durable, à la suite de la signature de l’accord entre la RDC et le Rwanda à Washington. Un jour après avoir dépêché le ministre de l’intégration régionale Floribert Anzuluni à Luanda avec un message à João Lourenço, le président Félix Tshisekedi est allé lui-même faire part à son homologue angolais de la dégradation de la situation sécuritaire, mettant en péril l’accord de Washington.

Pour les autorités congolaises, l’une des raisons de la poursuite de la violence c’est l’incapacité du Conseil de sécurité à faire appliquer sa résolution 2773 votée il y a 9 mois, exigeant “le retrait des troupes rwandaises de la RDC”.

“Neuf mois après l’adoption unanime de la résolution 2773, le constat est implacable, la situation sur le terrain s’est aggravée « Une nouvelle ville est tombée. Une administration parallèle s’est consolidée. Des milliers de familles supplémentaires ont fui. D’autres ont été tués, violés, terrorisés. Et même la MONUSCO a été prise pour cible”, a fustigé la ministre congolaise des affaires étrangères Thérèse Kayikwamba qui ajoute, caustique, “Pendant ces neuf mois, ce Conseil n’a pris aucune mesure concrète pour faire respecter sa propre résolution et pour défendre sa propre mission. Des appels, des avertissements, mais aucun acte », a-t-elle regretté, estimant que ce vide a permis au Rwanda de poursuivre et d’étendre ses opérations.

Patrick Ilunga

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