Mines RDC :  Les exportations de cobalt toujours en attente malgré une reprise annoncée

Après presque dix mois d’arrêt, le gouvernement congolais a revu les règles encadrant les exportations de cobalt. Officiellement, l’objectif est de relancer les ventes. Mais dans la pratique, aucune cargaison n’a encore quitté le pays. Les opérateurs miniers attendent toujours l’autorisation de l’ARECOMS, ce qui entretient une incertitude qui dépasse largement les frontières de la RDC.

En février 2025, les autorités avaient suspendu toutes les exportations pour tenter de “stabiliser le marché”, à cause d’une chute des prix jugée dangereuse pour l’économie. La mesure avait été prolongée jusqu’en septembre.

Pourtant, la production ne s’est jamais arrêtée : au premier semestre, les géants du secteur, comme Glencore et CMOC, ont produit 78 773 tonnes, soit 15 % de plus que l’année précédente. Autrement dit, le cobalt s’est accumulé, mais sans possibilité d’être vendu.

Des quotas annoncés, mais aucune reprise concrète

Le 21 septembre, l’ARECOMS a annoncé la fin de l’embargo à partir du 16 octobre et instauré un système de quotas. Pour 2025, seuls 18 125 tonnes pourraient être exportées, puis autour de 96 600 tonnes pour les années 2026 et 2027.

En théorie, ce système doit permettre de mieux contrôler les volumes mis sur le marché. En réalité, il bloque tout pour l’instant : les entreprises ne peuvent rien exporter sans une autorisation formelle, qui n’a toujours pas été délivrée.

Un marché mondial déjà sous pression

Comme la RDC fournit environ 70 % du cobalt mondial, le moindre retard au niveau local crée un effet domino.

L’attente actuelle représente déjà un choc pour les chaînes d’approvisionnement, surtout pour les raffineries asiatiques. Même si la reprise était annoncée aujourd’hui, les cargaisons n’arriveraient qu’à la fin du premier trimestre 2026, ce qui laisse plusieurs mois de flottement.

De plus, avec la hausse progressive de la demande en batteries électriques, la moindre contraction de l’offre peut vite créer une tension sur les prix. Certains acteurs du marché parlent déjà d’un risque de “quasi-pénurie”.

Une stratégie qui comporte des risques pour la RDC

Du côté de Kinshasa, ce nouveau cadre réglementaire est perçu comme une manière de reprendre la main sur une ressource stratégique. En limitant les volumes, le gouvernement espère peser sur les prix mondiaux et faire en sorte que le pays gagne davantage sur chaque tonne exportée.

Mais ce calcul n’est pas sans danger.

Si l’offre reste trop faible trop longtemps, certains fabricants notamment dans les véhicules électriques pourraient accélérer la transition vers des batteries moins dépendantes du cobalt, comme le lithium-fer-phosphate.

La RDC court ainsi le risque de perdre des clients importants sur le long terme, alors même qu’elle détient la plus grande part du marché.

Un signal attendu pour éviter la rupture

Aujourd’hui, la situation reste bloquée : le cadre légal existe, mais aucune autorisation n’a été délivrée.

En attendant, le marché mondial s’inquiète, les entreprises minières accumulent du stock, et le pays retarde des recettes essentielles pour ses finances.

Si un signal clair n’est pas donné rapidement, la conjonction entre la demande en hausse et l’offre limitée pourrait créer une véritable rupture dans les mois à venir avec un impact direct sur le secteur des batteries et sur l’image de la RDC comme fournisseur fiable.

Daniella Kalala

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